Mardi 14 décembre 2010 2 14 /12 /Déc /2010 10:15

 

Jayos,

 

Je connais ton nom, tu connais le mien, nous avons été élevés ensemble. Par contre, je ne me souviens plus du tout de celui de ton collègue qui passa avec toi la porte de la chambre de la maternité le lendemain de la naissance de ta nièce.

 

Tu me l’as présenté et sa radio a crépité. Il est sorti répondre à l’appel dans le couloir puis est revenu quelques instants plus tard. Il te regarda et te fit signe qu’il n’y avait « rien d’important ». Entra alors une aide-soignante pour une raison que j’ai oubliée et qui, avant de sortir lança un « Tout va bien Madame ? » « Oui, merci. »

 

Votre visite fut ponctuée ainsi par les allers-retours de ton collègue répondant à la radio dans le couloir et de ceux du personnel hospitalier me posant toujours la même question : « Vous avez besoin de quelque chose? » « Si vous avez besoin appelez-nous. » etc…

 

Au bout de quinze ou vingt minutes, de retour dans la chambre, ton collègue t’a dit « là faut y aller ». Vous n’étiez pas sitôt partis que le médecin et l’infirmière de garde entraient. « Tout va bien ? » me demanda le doc, « Oui » répondis-je ne comprenant pas vraiment pourquoi il étaient là. Ils se sont regardés l’air embêtés « Vous êtes sûre ? Parce que votre dernière visite… »

 

Et là j’ai compris. « Oui ! Mais non ! L’un d’eux est mon frère, il est venu voir sa nièce !!! » Soupir des deux. « Excusez nous mais on a cru que… »

 

Il est vrai que deux policiers en uniforme dans une maternité, ça ne devait pas être très courant. L'un qui rend compte à la radio, l'autre qui reste dans la chambre. Ils avaient cru... Ils avaient cru plein de choses.

 

Voilà comment, pendant un gros quart d’heure, grâce à toi, je suis passée pour une personne peu fréquentable et recherchée aux yeux de tout le service de maternité.

 

Bien à toi, mon frère, merci pour ce grand moment de solitude.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 12 octobre 2010 2 12 /10 /Oct /2010 16:38

 

J'ai joué les prophètes et les moralisateurs dans mon texte précédent. Ce n'est ni mon rôle ni ma volonté. D'autant qu'il faut admettre que la doctrine de la P.U.P. s'accompagnait d'un certain nombre d'aspects non policiers destinés à appréhender les difficultés sous un angle plus vaste. Sur ce point, ses inventeurs avaient été bien plus prévoyants que je ne l'ai laissé entendre. Cependant, sans un investissement de moyens à la mesure de la tâche, l'entreprise ne pouvait accomplir de miracles.

 

Avec un commandement adéquat, là "reconquête" du terrain était possible. A partir du moment où le chef de secteur (gradé, officier ou commissaire) avait compris que cette reprise des lieux devait passer par une opposition ouverte à l'hostilité qu'une présence policière suscite et en avait accepté les risques potentiels.

 

Je n'aime pas utiliser le vocabulaire martial pour ce qui touche à la police. Je ne parlerai donc pas de guerre. Mais il faut comprendre que rétablir le contrôle d'un quartier ne se passe pas dans la joie et la bonne humeur.

 

Dans les secteurs les plus durs, cela s'est parfois traduit par des affrontements ouverts quasi quotidiens. Comme je vous l'expliquais, il faut aussi raisonner en terme territorial. Une zone gangrenée par l'économie souterraine ne voit pas d'un bon oeil une arrivée conséquente et durable de forces de police. Cela provoque tout un tas de phénomènes plus ou moins violents dont l'extrémité a été nommée: Violences Urbaines.

 

Les V.U. englobent toutes les actions à force ouverte dirigées contre les forces de l'ordre ou les représentants des institutions visant à établir une domination territoriale. Des violences urbaines récurrentes dans un quartier sont le signe d'une gêne engendrée par la présence de la police.

 

Si le commandement (aussi bien policier que politique) arrive à accepter le risque de bavure ou d'accident inhérent à la violence de ce type d'événements. S'il arrive à maintenir et à consolider ses positions (et ceci n'est qu'une question de moyens, donc de volonté), les violences urbaines décroîtront puis cesseront. Car à quoi bon affronter la police si ça ne la fait pas partir. Ce n'est pas bon pour les affaires. Mieux vaut se cacher davantage, réduire les activités ou les déplacer.

 

Il est donc si simple de rétablir l'ordre dans un quartier? Non, je l'évoquais en partie dans mon texte précédent. Il ne s'agit pas de poser ici ou là une compagnie de C.R.S. pendant une ou deux semaines. Il s'agit de s'installer et de ne plus partir. Mais même ainsi, il ne s'agit pas non plus de venir fliquer une frange de population particulière juste pour le plaisir de s'échanger des regards mauvais. Oui, à mon sens, il faut faire preuve d'une extrême fermeté. Mais la fermeté seule n'est pas suffisante.

 

Une fois le calme rétabli. Une fois que la police et les habitants d'un quartier peuvent y circuler paisiblement, il faut pouvoir proposer une alternative à la délinquance. Je peux vous écraser ma matraque sur la gueule toute la journée pour vous empêcher de mal agir. Si vous n'avez pas, ou ne pensez pas avoir, d'autre choix que de vous comporter ainsi, le problème ne sera jamais réglé. Et il y a même fort à parier que vous finirez par réussir à esquiver les coups.

 

Un discours ou une politique hautement sécuritaire et répressive ne peut être une solution. A la limite un outil pour redresser une situation qui a gravement dégénéré mais pas plus. Et surtout, elle doit être limitée dans le temps. Si vous avez décidé de ne plus mal agir, à quoi cela sert-il de me voir agiter ma matraque près de votre nez?

 

Ca, la police de proximité l'avait compris (rappelez vous des collègues qui jouaient au rugby avec des jeunes de quartier). Mais les ilotiers bien avant elle en étaient parfaitement conscients. Elle ne pouvait pas régler le moindre problème de façon durable. A la limite, permettre d'installer un climat propice au déploiement de politiques non policières qui auraient pu s'attaquer aux problèmes de fond. Tout comme auraient pu le faire les ilotiers avec les moyens adéquats.

 

Aujourd'hui les effectifs ont encore fondu. Les postes de police ont été fermés et leurs effectifs reversés dans d'autres unités car il faut bien continuer à faire tourner la boutique malgré les départs non remplacés. Cela implique, bien entendu, que les ilotiers n'ont pas été remis en place et qu'il n'y a plus personne pour assurer un lien humain et quotidien avec le public.

 

La P.U.P. avait été conçue pour apporter des résultats à long terme. Bien plus long qu'une échéance électorale. C'était probablement là sa plus grande faiblesse. Aujourd'hui, non seulement nous avons perdu ce qu'elle avait pu nous apporter. Mais nous sommes en train de perdre le travail de fond fait par les ilotiers depuis trente ans. Nous sommes en train de faire perdre l'habitude à la population de voir la police aussi quand tout est calme. Ce qui a pour conséquence d'assimiler police et répression exclusive. De faire oublier, petit à petit, que le rôle des forces de l'ordre est avant tout d'apporter secours et protection. De garder la paix publique, Gardiens de la Paix que nous sommes.

 

A mon sens, la pire des politiques est l'absence de politique. La succession des doctrines au gré des alternances électorales et la généralisation de cas particuliers (sous forme de législation) en se gardant bien d'exposer une vue d'ensemble en est l'équivalent. J'en reviens à ma chansonnette d'avancées reculantes. Passer son temps à faire et à défaire, c'est ça le pire du pire. Aussi bien pour le public que pour nous.

 

 

 

 

Voilà, j'espère que ces textes, s'ils ne vous ont pas plu, vous auront au moins intéressé. Vous aurez remarqué que j'ai volontairement passé sous silence les aspects judiciaires, sociaux, urbanistes et autres car je n'ai pas une expérience suffisante pour en donner un avis éclairé (le champ de luzerne, tout ça, tout ça). Je me suis donc borné à vous décrire et vous donner mon avis sur la gerbe de blé que j'ai eu sous le nez pendant une grande partie de ma carrière.

 

 

 

Bien à vous tous.

Par Jayos - Publié dans : Monologue
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Jeudi 7 octobre 2010 4 07 /10 /Oct /2010 05:20

Comme je l’ai explicité susditement, la police de proximité était (ou aurait du être) synonyme d’augmentation de moyens. Elle s’accompagnait en général de postes de police conçus pour fonctionner comme de petits commissariats déconcentrés. Seulement, ce genre de chose a un coût. Je me permettrais même de dire un énorme coût.

Pour réussir à combler les besoins matériels que le ministère ne couvrait pas (ou pour éviter au ministère de les couvrir, j’avoue qu’entre les deux mon cœur balance) on a été frapper à la porte des mairies pour leur demander de mettre la main à la poche. Les élus ont joué le jeu et on fourni, ici des locaux, là du matériel informatique et bureautique, là bas un véhicule, etc.

La conséquence de ceci est qu’ils ont alors estimé avoir un droit de regard sur la politique sécuritaire de leur commune (ou ce droit leur a été proposé pour les motiver, une fois de plus mon cœur balance). Un point de vue qui est, somme toute, parfaitement défendable.

Pour répondre à cette attente, ont été créés, entre autre, des contrats locaux de sécurité (C.L.S.) qui consistaient à recueillir les besoins et les attentes sécuritaires des mairies, des associations de quartiers, des services publics locaux et de tous ceux que la mise en place d’une « nouvelle police » pouvait concerner et à voir comment y répondre.

Une bonne idée, quelle qu’en soit l’origine, reste une bonne idée. Je ne renie pas les bienfaits de s’enquérir d’un avis extérieur. Cela peut permettre d’ouvrir des voies auxquelles on n’aurait pas forcément pensé.

Cependant : « Si, en bâtissant une maison sur le bord de la route, on prenait conseil de ceux qui passent ; le travail ne serait pas encore achevé ! »* On a alors vu surgir des idées comme celle du sentiment d’insécurité.

Le sentiment d’insécurité est l’estimation qu’a une personne de la sureté de son environnement. Elle est entièrement subjective et n’est absolument pas évaluée en fonction de l’insécurité réelle.

Or, à mon sens, c’est bien joli de faire en sorte que les gens se sentent en sécurité. Mais il me semble que faire en sorte qu’ils soient effectivement en sécurité est bien plus important et plus en accord avec ce qu’est la police. D’autant qu’il est tout à fait possible d’agir sur le sentiment d’insécurité sans pour autant s’attaquer à l’insécurité elle-même. Et c’est exactement ce qui a été fait.

Il y a une chose qu’il faut comprendre au sujet de la délinquance dans les quartiers. C’est qu’hormis une minorité de gens « nuisibles » qui sont en quelque sorte des délinquants par conviction. Hormis les crises de violences dues à des accumulations de divers facteurs personnels. Hormis la délinquance passionnelle (liée au couple ou aux relations humaines). En résumé, hormis la délinquance qui se retrouve dans n’importe quel quartier de n’importe quelle ville de France, qu’il soit difficile ou non. Une énorme partie de la délinquance propre aux quartiers difficiles est la conséquence de l’économie sous terraine. Pourquoi cherche-t-on à établir dans ces quartiers des zones d’interdiction policière ? Afin de faciliter les transactions illégales (que ce soit la vente de drogue, d’autres produits illicites ou d’objets volés).

Nous avons affaire à une délinquance qu’on peut appeler une délinquance de pauvreté. Bien sûr, nous sommes loin des Misérables qui chapardaient une miche de pain pour ne pas crever la dalle dans le caniveau. Elle ne cherche pas à fournir les fonds nécessaires à l’assouvissement de besoins vitaux. Elle sert à améliorer l’ordinaire. Et pour certains, elle l’améliore même très largement.

Les quartiers sensibles sont des quartiers pauvres. Nous vivons dans une société d’apparence. Où on ne dit plus, « Je pense donc je suis » mais « J’ai donc je suis ». Où la réussite sociale et personnelle doit, avant tout autre chose, être visible. Et où on nous jette du « bonheur » au visage à longueur de journée à grands coups d’imagerie collective. Une fois qu’il a gouté à l’argent facile, il faut plus que de la prison pour remettre un délinquant dans le droit chemin, en considérant que ce soit faisable. Et il faut plus que du bleu pour empêcher un gamin pas plus méchant qu’un autre d’y mettre le nez car il ne comprend pas pourquoi il n’a pas accès à tout ça.

La police peut s’afficher, contrôler, prévenir, interpeler ou « faire condamner » autant de délinquants que vous voulez. Tant qu’il y aura des gens pour avoir des besoins, ou penser qu’ils ont des besoins, au dessus de leurs moyens, le problème ne sera jamais résolu durablement. Tous les réseaux démantelés seront reconstruits aussi tôt. Et la lutte contre l’insécurité véritable ne se résumera, ni plus, ni moins, qu'à essayer de remplir une baignoire percée. C’est une tâche sans fin.

Les quartiers peuvent être « reconquis », la délinquance ne fera que se déplacer. Et à la grande époque de la police de proximité, nous en étions là. « Je veux que vous les fassiez tellement chier qu’ils finissent par aller faire leurs conneries chez les gendarmes » nous à un jour dit un officier. Et ca, ce n’est pas lutter contre l’insécurité mais lutter contre le sentiment d’insécurité. La population de notre quartier y a vu un mieux. Les quartiers ou les agglomérations voisines, elles, beaucoup moins.

Je ne prétends détenir ni la vérité, ni la solution. Mais je pense que la délinquance ordinaire des secteurs sensibles n’est pas une maladie. C’est un symptôme. Et ne se concentrer que sur l’aspect policier du problème sécuritaire revient à soigner une jambe cassée à grand coup d’aspirine. Non seulement ca n’arrange rien mais ça fini par faire plus de mal que de bien.

 

A bientôt pour la suite.

 

 

 

 

 

 

 

* Sun Tzu, L'Art de la guerre.

Par Jayos - Publié dans : Monologue
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Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 05:51

Je vous ai parlé la dernière fois de l’arrivée de la police de proximité. Mais, allez-vous me demander (si, si, réfléchissez bien, vous alliez me le demander) : concrètement, qu’a-t-elle changé ?

Et bien, au niveau organisationnel, pas mal de choses. Dans n’importe quel commissariat de France, la première mission qui échoit à la police est d’assurer la Police-Secours. On peut se goinfrer autant que l’on veut de fictions et de reportages et fantasmer sur le travail des unités d’investigation, des services spécialisés et des guerriers (ceci dit sans vouloir les dénigrer aucunement) du RAID ou du GIPN. Quant, dans la rue, quelqu’un cri « A l’aide, on m’agresse ! » ou « Au voleur, au voleur ! », le premier travail de la police est de lui porter secours.

On peut tourner le problème dans tous les sens, comme n’importe quel autre service d’urgence, la tâche primordiale de la police est de porter assistance aux personnes et de protéger leurs biens. Donc dans tous les commissariats, il y a des unités de Police-Secours (appelées communément « unités de roulement ») dont le travail principal est de se charger des interventions de Police-Secours, majoritairement reçues par téléphone via le 17.

Une fois qu’on a quelqu’un pour se charger de ce genre de choses, on peut penser à d’autres tâches (qui n’en sont pas moins importantes) comme le recueil et l’exploitation de l’information judiciaire. J’entends par là, la prise de plaintes et la collecte de renseignements qui permettront de mener à bien une enquête visant à identifier et interpeller les auteurs de crimes ou de délits qui n’ont pu être appréhendés lors de la commission des faits.

Tout ceci permet la bonne marche de la première tâche d’un gardien de la Paix, et de la police en général : assurer la protection des personnes et des biens. C’est là, l’une des libertés fondamentales indispensable à l’établissement d’un état de droit, nécessaire à n’importe quelle démocratie. Si vous pensez que la principale occupation d’une force de police est de limiter votre liberté, vous faites fausse route. Elle est, au contraire, de la protéger.

Si la police ne le faisait pas, seuls ceux qui en ont les moyens (soit les plus forts, soit les plus riches) pourraient jouir de leurs droits.

Tout ça pour en arriver où ? Au recueil de l’information judiciaire. Attention, je ne parle pas de James Bond et autres espions en culottes plus ou moins courtes. Je parle de vie réelle et quotidienne. Et dans le cas qui m’amène, je parle des ilotiers.

Un ilotier, c’est, je devrais plutôt dire c’était, généralement un ancien, de préférence d’aspect bonhomme et au contact facile. Chargé d’établir une relation amicale avec la population d’une zone géographique définie. Chargé de donner un visage à la police, de préférence plutôt sympathique auprès de Monsieur Toutlemonde. Afin de lui permettre de devenir un interlocuteur privilégié qui inspire la confiance.

Concrètement, il se fait connaitre auprès des commerçants et des résidents. Il prend le temps de discuter. Il est présent à la sortie des écoles ou sur les marchés. Il écoute maman lui raconter ses problèmes avec son fils ou mamie lui expliquer ses malheurs. S’il en a les moyens il tente de régler les différends d’une façon plus durable que ne peut le faire une intervention de police-secours. Il connait les visages, les noms et les habitudes. Et ce depuis des années. Il dit aux gamins « Faites pas les cons, j’ai tiré les oreilles de vos parents ! ».

C’est surtout une source d’information inestimable. Il n’y avait rien de surprenant à voir un inspecteur l’alpaguer au coin d’un couloir pour lui dire :

-         On a eu un braquage hier soir, j’avais pensé à Machin, Truc ou Bidule, t’en dis quoi ?

-         Machin, il a pris la branlée du siècle par son père, il l’a envoyé dans la famille pour y être recadré. Truc, il s’est fait choppé sur la côte d’Azur pour un braquage, justement. Il est au trou depuis un mois et il a encore un moment à faire. Et Bidule, il s’est marié et il a un bout de chou. Sa femme est un vrai dragon, elle l’a collé à gratter à l’usine. Il a l’air de s’y tenir. »

L’ilotier n’était soumis à aucun objectif chiffré. Pas de contraventions, pas d’interpellations minimales même s’il lui arrivait d’en faireen cas de nécessité à cause de la loi du « tombe dessus » (« Oh ! Toi !? Tu ramènes un mec ? Bah ouais, obligé, je suis tombé dessus »). Pour éviter de ternir son image et de le faire passer pour un « méchant flic ».

Mais au-delà de la mine d’or qu’il représente, il a un aspect terriblement dérangeant. Son activité n’est absolument pas chiffrable. Les rapports humains ne sont pas quantifiables. Toutes les infractions que son travail de prévention et d’information a pu permettre d’éviter n’entrent pas dans les statistiques. Et à l’ère du Chiffre, c’est inacceptable.

Et la P.U.P. dans tout ça ? Elle n’a, ni plus ni moins, fait que fondre une partie de l’activité Police-Secours et l’ilotage dans un seul et même service sectorisé. Chargé du recueil de l’information, du traitement du « petit » judiciaire et des interventions de police sur son secteur. Chargé d’être « connu et reconnu par la population ». Ce qui résume assez bien l’activité des ilotiers depuis une trentaine d’années.

Le principe de sectorisation implique qu’une unité de police de proximité ne travaille que sur un quartier ou un groupe de quartiers donnés. Cependant, monter une nouvelle unité de toutes pièces sans l’apport d’effectifs supplémentaires revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Cela se fait au détriment des autres secteurs. Les commissariats qui ont eu droit à plus d’effectifs ont pu s’en sortir correctement. Les autres étaient voués, sinon à l’échec, au minimum au statut quo. Et sachant que depuis la mise en place de la P.U.P. les effectifs globaux de la Police Nationale ont fondu comme neige au soleil, je vous laisse tirer la conclusion qui s’impose : dans le meilleur des cas, les choses sont redevenues comme avant.

 

Ca, c’était pour l’organisationnel, mais il serait bien trop réducteur de se contenter de cet aspect. Je vous dis donc à bientôt pour la suite.

Par Jayos - Publié dans : Monologue
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Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 08:49

Mettons nous tout de suite à l’aise. Je ne suis pas un théoricien de la police. Loin de là. Je ne suis qu’un petit Gardien de la Paix soumis à toutes les contraintes quotidiennes que cela implique.

Je suis comme un lapin dans un champ de blé. Que vois-je autour de moi ? Du blé et rien que du blé. La tourterelle qui vole au dessus de moi voit, elle, l’ensemble des cultures. Elle voit le renard qui chasse, la moissonneuse qui fauche, le champ de luzerne d’à côté, les promeneurs et tout un ensemble de choses qui me sont invisibles.

Cependant, qui de la tourterelle ou de moi est le mieux placé pour observer le blé lui-même ? Et bien c’est moi.

Quel rapport avec le titre ? Quel rapport avec le sujet que je n’ai même pas encore annoncé ? Aucun. Je veux juste expliquer qu’après tout, rien de m’empêche, moi aussi, d’utiliser mon cerveau et d’exprimer ce que j’ai à dire (en l’occurrence à écrire mais je pinaille).

J’estime qu’il relève de la bonne éducation de fermer ma gueule bien comme il faut à propos du champ de luzerne dans lequel je n’ai jamais mis le pied. Le blé par contre, c’est mon rayon.

J’attaque donc directement dans le bois dur en vous disant que je suis un fils de P.U.P. Mes collègues ont une idée de ce que j’entends par là mais pour les autres, je m’explique. P.U.P. : Police Urbaine de Proximité. Quand je dis que je suis un fils de P.U.P., je veux dire que j’ai fait partie d’une des premières promotions de Gardiens de la Paix dont la scolarité a été entièrement tournée vers la P.U.P. J'ai aussi assisté et participé à la mise en place de la police de proximité dans deux commissariats totalement différents à plusieurs années d'intervalle.

Mais qu’est-ce donc, ou plutôt qu’était-ce donc, que la police de proximité ? Ce n’était ni plus ni moins que la refonte d’un certain nombre d’idées déjà largement utilisées dans la police depuis une bonne génération de fonctionnaires.

Elle a fait partie (ou peut-être l’a-t-elle lancée ?) d’une mode où tout devait être de proximité. Les commerces, les services publiques, les administrations et j’en passe. On a voulu à ce moment là nous « vendre » de la proximité à toutes les sauces. La police n’a pas fait exception.

Mais il faut bien comprendre que non, définitivement, non la police de proximité n’a rien inventé. Imaginez une partie de cartes. Vous récupérez toutes les cartes, vous les mélangez et vous les redistribuez. Il y a de fortes chances pour que la partie en soit complètement modifiée. Le jeu de carte, quant à lui, reste inchangé.

Hors c’est là que le bas blesse. Pour être mis en œuvre correctement, la P.U.P. aurait du être accompagnée d’un certains nombre de moyens qui ont été fournis à certains et pas à d’autres. Ceux qui se sont vus passer d’un jeu de trente deux cartes à un jeu de cinquante quatre ont pu faire un travail correct. Les autres, faute de grives, ont continué à manger des merles. Et ceux qui n’avaient déjà pas assez de merles pour nourrir tout le monde n’ont, bien entendu, pas pu faire de miracles.

L’un des buts affichés de cette nouvelle politique était de réussir à faire une police plus proche (d’où le nom, effectivement, je ne fais qu’énoncer une évidence) du public. Plus à l’écoute de celui-ci et capable de mieux répondre à ses attentes. Suite à une mauvaise ou, parfois, à une absence de communication interne, l’image première qu’en ont eu les fonctionnaires était qu’ils allaient se retrouver à devoir faire ami-ami avec n’importe qui et à n’importe quel prix. Il n’était pas rare d’entendre un policier exprimer ses craintes de devenir plus ou moins une assistante sociale. Cette image n’était pas totalement vraie. Mais pas totalement fausse non plus.

De plus, nous étions habitués à la succession des politiques soi disant révolutionnaires en terme de sécurité qui arrivent et s’en retournent au grés des changements et alternances électorales se résumant dans une grande majorité des cas à de simples effets d’annonce ne servant que de faire valoir à  leurs inventeurs. La police de proximité s’est heurtée à un mur de mauvaise volonté de notre part. Nous avons en tête à ce sujet la vieille rengaine du : « Si tu avances et que je recule… »*

 Il a donc fallu commencer par nous la vendre à nous. Notamment par l’apport de matériel neuf (ce qui dans une énorme majorité des commissariats n’est pas un luxe) ou par l'accès à des ressources jusque là utilisées par d'autres. Notamment aussi par le biais d’une totale refonte organisationnelle des unités de quartier (sur laquelle je reviendrai plus tard) on nous a fait appréhender la routine sous un autre angle. En impliquant les fonctionnaires dans la gestion du petit judiciaire : pouvoir, au niveau d’un poste de police, traiter une petite affaire simple de bout en bout. Permettant ainsi aux policiers de voir effectivement le fruit de leur travail. Cela peut ne paraitre rien, mais il m’est arrivé de traiter une histoire de chien qui en avait mordu un autre. Ce n’est effectivement rien mais j’en avais tiré à l’époque la satisfaction du travail accompli. Ce qu’on ne retrouve pas dans une grande partie des interventions police-secours.

 

 Je vais m’arrêter là pour le moment. Je ne suis pas habitué à écrire ici de longs textes et vous n’êtes pas non plus habitués, ni même peut-être désireux, d’en lire venant de moi. Comme je pars du principe que vous n’êtes pas ici pour vous ennuyer à lire un essai rébarbatif sur un sujet complexe que je ne peux maitriser dans sa totalité, j’ai décidé de le scinder en plusieurs parties que je publierai de façon assez proches les unes des autres. Sachez seulement que la suite constituera dans une explication (que je m’efforcerai au mieux de ne pas rendre chiante comme la pluie) de ce que la P.U.P. à changé dans l’organisation des commissariats. Des buts qu’elle affichait et poursuivait. Et des conséquences qui me sont visible aujourd’hui. Partant du principe, bien entendu, que je ne suis qu’un lapin dans un champ de blé et que ma vision, même si je m’efforce de la rendre la plus objective possible, en est fatalement tronquée.

 

Je vous dis donc : à bientôt pour la suite.

 

 

 

 

*      Comment veux-tu ? Comment veux-tu ?

Par Jayos - Publié dans : Monologue
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Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 04:47

Vous avez remarqué, je suppose (et si ce n’est pas le cas faites comme si), que ce blog n’est plus très actif depuis un bon moment. Je ne vais pas essayer de vous jouer de la flute, j’ai eu une putain de crise de flemme des familles. Et chez moi, la flemme, ça ne fait pas semblant.

Il faut comprendre que j’ai, avant tout, commencé à écrire ici pour me décharger d’un poids. Pour recracher ce que j’avais dans les trippes et sur le cœur. Et vous avez pu constater par vous-même que j’écris avec mes trippes et mon cœur (je vous jure que sur le clavier ça fait vraiment dégueulasse).

Je n’aime pas les sous-entendus que cela peut impliquer mais il s’agissait pour moi d’une sorte d’alternative à la consultation d’un psy. Cela m’a apporté énormément (et m’a couté bien moins cher).

Aujourd’hui, grâce à ça et grâce à vous, j’ai l’impression d’avoir réussi à évacuer pas mal de choses et ressens beaucoup moins le besoin d’écrire mes lettres. Je suis donc devant plusieurs choix :

Tout lâcher, merci pour tout, au revoir messieurs dames, à la prochaine.

Me forcer à continuer, sans le cœur et les trippes, avec une flemme permanente. Peut-être rassembler mes lettres en un manuscrit et faire le tour des éditeurs comme d’autres (qui se reconnaitront) ont fait avec énormément de talent et de succès.

Ou alors, me diversifier un peu. Pas complètement mais me sortir des « limites » que je m’étais fixées en terme de forme et commencer à parler d’autres sujets qui me tiennent à cœur.

C’est pour cette dernière option que j’ai voté. Je reste dans le domaine exclusif de la police. C’est la raison d’être de ce blog. Mais je vais, au gré de mes envies, me lancer dans des sujets plus généraux, peut être moins intéressants, drôles ou prenants. Si cela devient insupportable, faites le moi savoir en tout sincérité.

Donc je vous dis à bientôt pour une série de textes au sujet de la police de proximité.

 

Bien à vous tous.

Par Jayos - Publié dans : Ceci n'a rien à voir.
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 23:25

-         Mirabelle, d’Eglantine.

-         Parlez.

-         Vous allez vous rendre à la Gare de Trifouillis les Oies pour un jeune mineur blessé sur la voie publique.

-         Reçu.

 

     

 

-         Eglantine, de Mirabelle.

-         Parlez.

-         Fin d’intervention à la garde de Trifouillis les Oies. Il s’agit d’un enfant de douze ans qui a décidé de démontrer à ses copains qu’il était parfaitement possible de descende les escaliers de la gare à vélo sans tenir le guidon. Ce qui devait arriver arriva. Bilan : deux dents cassées et une fracture du poignet. Transporté au Centre Hospitalier par les Pompiers. Parents avisés par ces derniers. Quittons les lieux.

Par Jayos - Publié dans : Les Perles des ondes.
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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /Mai /2010 05:52

Il y a quelques temps de celà, un ami a décidé d'ouvrir un site à vocation littéraire et il m'a demandé l'autorisation de publier une ou deux de mes lettres.

 

Comme j'ai trouvé vraiment très gentil de sa part de penser à moi et à "littérature" dans la même phrase, je lui ai promis de lui écrire un texte rien que pour son site.

 

Vous pouvez le trouver à cette adresse.

 

A bientôt !

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 23 mars 2010 2 23 /03 /Mars /2010 08:00
police-en-deuil.jpg



Respect et condoléances.
Par Jayos - Publié dans : Ceci n'a rien à voir.
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 15:42

J’ai le souffle court, rauque. Je me suis retrouvé allongé en un clin d’œil. La sueur commence à perler sur mon front mais elle n’y prête pas attention. Elle, c’est celle qui m’a mis dans cet état. Elle est là, toute proche.

 

Grande, fine, belle. Très brune, des yeux de nuit sur un sourire étincelant et ravageur. Elle a mis ma main entre ses cuisses et la guide elle-même. Je gémis, au bord de la rupture. Elle halète aussi légèrement. Elle change de position. La maintient quelques instants dans un ultime effort et soudainement relâche la pression. Elle a atteint son but.

 

Le temps semble de figer. Tout est immobile, à part sa poitrine qui se soulève au rythme rapide de sa respiration. Elle me surplombe maintenant, le sourire au lèvres, satisfaite. Je me laisse aller sur le ventre. Ses doigts effleurent mes reins.

 

- Encore, me dit-elle.

 

J’ai cru qu’elle allait m’arracher un bras. Je contemple les encoches sur mes poignets rougis et boursouflés. Elle ajuste les entraves dans sa main. Je reprends la position. Et nous recommençons. Encore et encore.

 

Je n’ai jamais, mais alors jamais, compris ce qu’on pouvait trouver d’érotique dans une séance d’entraînement au menottage.

Par Jayos - Publié dans : Monologue
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