Dimanche 7 juin 2009
Comme vous avez pu le remarquer depuis quelques mois, j'écris beaucoup moins, voir plus du tout. Non pas que je me sois lassé mais je me suis lancé dans deux projets qui ne me laissent guère de place en dehors d'eux que pour le travail.

Premièrement, je me suis acheté une maison que je suis en train de retaper et de faire retaper. Vous imaginez parfaitement le travail et le temps que cela demande.

Deuxièmement, et c'est là la raison principale de ce billet, je suis particulièrement fier de pouvoir vous annoncer que j'ai été reçu à l'examen du premier Dan de Karaté. Je me suis présenté hier matin dans la voie traditionnelle (les connaisseurs sauront de quoi je parle).

Je suis donc maintenant Ceinture Noire (comme on dit communément) de Karaté dans le style Shotokan.

Je me préparais tranquillement mais surement déjà depuis un an et demi mais l'approche de l'échéance m'a fait redoubler d'efforts et ainsi mettre ce blog à l'arrière plan.

Tant que ma maison ne sera pas terminée et le démenagement bouclé je ne pense pas reprendre le blog mais sachez que je ne compte pas cesser mes activités à ce niveau là. Il faudra juste être patient avant de me lire à nouveau.

Voili, voilou, les dernières nouvelles du front.

A bientôt.
Par Jayos - Publié dans : Ceci n'a rien à voir.
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Mardi 14 avril 2009

-         C.D.I., d’Eglantine.

-         Parlez.

-         Vous allez vous rendre rue du Caribou Hydrocéphale pour un individu qui distribue des tracts à côté de la Préfecture.

 

 

-         Eglantine de C.D.I.

-         Parlez.

-         Ouais, bon, on est sur place là. Y a un keum qui refile des tracts aux passants, j’en fais quoi ? Je le laisse, je l’embarque, je le latte ou quoi ?

-         … C.D.I., je n’ai pas compris votre message.

-         (Autre voix) Eglantine de C.D.I., ce que mon éloquent collègue voulait dire c’est qu’il requiert instructions quant à la conduite à tenir concernant l’individu.

-         Ah…

 

 

 

 

 

 

C.D.I. : Compagnie Départementale d’Intervention. Parfois réquisitionnée pour la Police Secours quand le personnel manque.

Par Jayos - Publié dans : Les Perles des ondes.
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Mardi 14 avril 2009

-         Police Secours, j’écoute.

-         Alors là, je suis très en colère !

-         Contre qui, monsieur ?

-         Contre mes parents !

-         Et en quoi cela concerne-t-il la Police ?

-         Euh… En rien, pourquoi ?

-         Parce que du coup, nous n’avons plus rien à nous dire, monsieur. Au revoir.

Par Jayos - Publié dans : Brève de 17.
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Mardi 14 avril 2009

Ma Maîtresse,

 

Il y a bien longtemps maintenant que nous nous connaissons. D’innombrables nuits nous avons passé ensemble. Tu m’as tenu compagnie quand j’étais seul. Tu m’as réconforté quand j’étais anxieux. Tu étais là quand j’étais triste.

 

Ma Maîtresse, tes formes voluptueuses hantent mes sens, ton parfum m’enivre, le souvenir de ton contact, toujours, m’empli d’un incontrôlable frisson.

 

Je suis venu vers toi à une époque où j’étais loin des miens. Entouré de gens pas toujours fréquentables, à faire des choses pas toujours utiles et bien souvent difficiles. Toujours tu m’as soutenu. Toujours tu es restée près de moi. Jamais tu ne m’as abandonné.

 

Ma Maîtresse, bien d’autres sont venus à toi. Pour les même raisons et pour de multiples autres. Parfois compréhensibles mais toujours mauvaises. Tu les as tous acceptés, comme tu m’as accepté. Tous ont connu tes faveurs, ta douceur et ton affection.

 

Tout ceci ne peut plus durer. Ta présence, petit à petit, m’insupporte, petit à petit, me détruit.

 

Ma Maîtresse, vieille salope, aujourd’hui je te quitte, j’arrête de fumer.

 

 

 

 

Pour ceux que ça intéresse, non je n’ai pas arrêté de fumer mais j’avais envie de publier ce texte. Et comme c’est un peu moi qui décide…

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 3 mars 2009

Cher HommeDesChamps,

 

Je me souviens parfaitement de votre nom et peut-être vous souvenez vous du mien. Vous avez été mon dernier professeur de français. J’étais alors en classe de première, dite scientifique, et j’étais une superbe feignasse, il faut le reconnaître.

 

Si aujourd’hui je pouvais avoir la chance de suivre à nouveau vos cours, j’en tirerais un plaisir infini. Cependant, à l’époque, je m’en contrefichais et allais même, dans votre dos, jusqu’à clamer haut et fort que je ne comprenais pas leur utilité. Je l’ai déjà dit : on est jeunes, on est cons mais qu’est-ce qu’on est jeunes !

 

Vous ne m’avez jamais fait la moindre remarque car, quoique profondément rebuté, je suis toujours resté très discipliné et, malgré tout, attentif. Même au comble de l’ennui, il m’était impensable de perturber votre cour, ni aucun autre d’ailleurs. Donc, pour m’occuper, j’écoutais et je prenais des notes.

 

Il va de soi, paresseux comme je l’étais, que j’avais des notes lamentables. Trois types d’épreuves allaient nous être proposées au BAC. Une seule d’entre elles m’inspirait vaguement et me permettait périodiquement d’effleurer la moyenne. Les deux autres, que vous nous imposiez avec la même régularité, me permettaient de flirter avec les gouffres les plus abyssaux du contrôle continu scolaire.

 

A l’approche de l’examen, stress aidant, j’ai appris par cœur ou presque les notes prises en cour. Me planter à un examen trop dur pour moi : soit. Mais me présenter les mains dans les poches sans m’être préparé : hors de question.

 

Le résultat, peut-être vous en souvenez vous, fût un miracle. A l’épreuve écrite, j'ai choisi le sujet qui me convenait le mieux. Sans faire d’étincelles, je m’en suis tiré honorablement. A l’épreuve orale, je me suis appuyé sur vos notes et j’ai eu la chance de tomber sur un texte que j’appréciais (Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée de Victor Hugo). Je régurgitai aussi fidèlement que possible le savoir dont je m’étais gavé récemment. Apparemment, je m’en tirai brillement et récoltai un seize inespéré.

 

Je vous ai croisé au lycée, l’année suivante et vous m’avez dit quelque chose que je n’ai jamais oublié. « J’ai appris que vous aviez eu un bon résultat à l’oral. Vous aviez des difficultés avec moi mais vous vous en êtes bien sorti. Je suis content pour vous. » Vous m’auriez dit « Tu as eu de la chance, tu n’as rien fait toute l’année et tu n’as travaillé que pour l’examen. » je ne vous aurais pas contredit car c’était la stricte vérité. Cependant non, avec beaucoup de modestie, vous avez insinué que votre méthode d’enseignement ne m’était peut-être pas adaptée.

 

Vous n’imaginez pas ce que ces phrases ont été pour moi. Vous n’imaginez pas ce qu’est, pour un petit crétin de quinze ou seize ans, de voir un homme capable de se remettre en cause après une à deux décennies d’enseignement. Vous m’avez appris plus en trente secondes qu’en un an. Vous m’avez appris qu’il n’y a pas de certitude. Qu’on n’arrive jamais à la perfection professionnelle. Qu’on ne peut s’en approcher qu’au prix d’une constante remise en question. Vous m’avez montré comment réagi un homme digne de ce nom lorsqu’il aspire à devenir un bon professionnel. Et pour cela je dois vous remercier.

 

Cependant, vous devez vous douter que je ne vous adresse pas cette lettre uniquement pour raconter ma petite vie insignifiante. Je vous écris car nous nous sommes reparlé il y a quelques temps mais nous ne pouvez pas le savoir. C’était un soir où un rallye automobile se courrait dans la ville où vous habitez et où je travaille. Vous m’avez téléphoné ce soir là sans savoir que c’était moi.

 

Une voiture de course, c’est joli, ça va vite mais c’est très bruyant. Je conçois tout à fait qu’au bout de plusieurs heures de compétition les riverains en soient excédés. Vous m’avez donc téléphoné pour me demander, en substance, de mettre fin à l’épreuve et de rétablir la tranquillité publique.

 

Cependant vous ne l’avez pas fait en ces termes. Devant mon constat d’impuissance à accéder à votre requête et bien que vous soyez resté d’une politesse exemplaire, vous m’avez tenu un discours digne du dernier des abrutis. Plein de clichés et de non-sens policiers.

 

Vous vous étiez présenté au début de notre entretient. Je me suis alors dit qu’après avoir répondu à votre question, que je ne connais pas encore, j’allais m’identifier également et vous donner de mes nouvelles. Peut-être même vous expliquer ce que j’ai raconté précédemment. Vous avez raccroché sans m’en donner l’occasion et notre conversation m’en avait ôté l’envie.

 

Je sais l’homme que vous êtes et j’éprouve toujours le plus profond respect pour vous. J’ose présumer que vos propos n’étaient que le reflet de votre exaspération. Et c’est là que je voulais en venir. Si un personnage tel que vous peut tenir ce langage lorsqu’il s’adresse à la Police et parce qu’il s’adresse à la Police, je vous laisse imaginer ce que des gens qui n’ont pas vos qualités peuvent nous dire. Cela en est même presque systématique et je pense que je  ne suis pas loin de parler de conditionnement.

 

Non pas un conditionnement volontaire ou imposé par une quelconque puissance étatique malveillante. Je parle d’un conditionnement de fait, s’étalant sur des années de pratique. Je pense fortement que ce processus est un des facteurs qui fait de nous, policiers, des gens au caractère bien particulier. A la tournure d’esprit et aux réactions parfois inhabituelles. Imaginez comment vous seriez si une grande proportion des gens à qui vous avez affaire se comportaient comme des crétins. Et surtout, imaginez la difficulté que vous auriez, aussi bien lors du service qu’en dehors, à différencier un véritable abruti pure souche d’un monsieur tout le monde excédé par les circonstances.

Bien souvent il m’arrive de réagir à certains propos ou à certaines situations et de me dire à posteriori que c’est ce conditionnement qui parle. A mon sens c’est l’une des plus grandes difficultés qu’il nous faut affronter.


Bien à vous, cher HommeDesChamps, je dois vous remercier une nouvelle fois de m'avoir fait comprendre ça. J’espère que vous en avez inspiré d’autres.

 

 

 

Sensei : (japonais) Professeur.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Samedi 21 février 2009

-         Police Secours, bonjour !

-         J’en ai plein le cul de ces enculés et leur musique de débile !

-         Calmez-vous et expliquez moi votre problème.

 

 

-         Police Secours, bonjour !

-         Putain, vous foutez quoi ? C’est le bordel dans la rue Machin, on peut pas rouler !

-         Bonjour à vous aussi, que se passe-t-il exactement ?

 

 

-         Police Secours…

-         Vous branlez quoi, merde ? J’en ai marre de tous ces bâtards avec leurs scooters !

-         C’est quoi le problème ?

 

 

-         Ouais… Police Secours…

-         Cette salope, je mais lui exploser sa gueule ! Vous avez intérêt à faire quelque chose !

-         Ouais, c’est ça. Qu’est ce qui se passe ?

 

 

-         La Police…

-         Bonjour, monsieur.

-         Euh … Pardon … Bonjour, madame.

-         Excusez moi de vous déranger, je sais que vous êtes très occupés mais mon mari n’est pas encore rentré et je commence à m’inquiéter… Ah … Non… Il est en train d’arriver. Je suis vraiment désolée, je vous ai dérangé pour rien.

-         Il n’y a pas de dérangement, madame.

-         Vraiment pardon d’avoir pris de votre temps. Merci beaucoup.

-         C’est moi qui vous remercie, madame.

-         Ah bon ? Pourquoi ?

-         Je vous remercie juste de me parler comme vous le faites.

-         Ah… Si vous le dites… Au revoir, monsieur.

-         Au revoir, madame.

Par Jayos - Publié dans : Brève de 17.
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Samedi 21 février 2009

-         Mirabelle, d’Eglantine.

-         Parlez.

-         Vous allez vous rendre au 10 de l’allée du Castor Asthmatique, troisième étage, porte sept, pour un différend de voisinage.

-         Reçu.

 

 

-         Eglantine, de Mirabelle.

-         Parlez.

-         Fin d’intervention rue du Castor Asthmatique. Le problème n’est pas la cohabitation. Le problème est pathologique. La requérante est particulièrement légère du bulbe. Il n’y a rien là bas qui concerne la Police. Quittons les lieux.

-         (Rires étouffés) C’est un message bien reçu pour Eglantine !

Par Jayos - Publié dans : Les Perles des ondes.
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Jeudi 12 février 2009

Chère Barbie,

 

Je sais parfaitement que tu ne t’appelles pas Barbie et je te prie de me pardonner pour ce surnom que tu n’aimeras sûrement pas. Tu dois, je pense, te souvenir de moi, nous nous sommes rencontrés à maintes reprises.

 

Tu étais (tu es sûrement toujours) jolie comme un cœur avec tes cheveux de paille. Tu venais d’être affectée dans le commissariat et nous ne te connaissions pas. Je pense que je me souviendrai toujours du jour où j’ai décidé que tu étais fréquentable.

 

Mais je dois d’abord parler d’une petite chose pour que les gens qui me lisent (oui, il y en a, enfin je crois) comprennent cette petite histoire. Il y avait, à ce moment là, une campagne de publicité pour des plats préparés qu’ils suffisaient de passer sept minutes au micro-ondes. J’ai totalement oublié le nom de la marque mais je me souviens que les affichent montraient une blonde, forcément magnifique dans le monde des médias, et disaient : « Sept minutes d’intelligence par jour. ». Sous-entendant que cette plantureuse créature n’était capable d’un raisonnement logique que pendant le temps de préparation du produit.

 

Nous étions en voiture, j’étais passager avant, toi sac de sable* et le chauffeur qui n’était pas le dernier pour la rigolade t’a demandé ton avis sur l’affiche que nous venions de croiser et qui reprenait ce slogan. Forcément je n’ai pu m’empêcher d’abonder dans son sens.

 

Tu as penché sont adorable frimousse sur le côté et tu nous as répondu :

 

-         Euh… Je sais pas, sept minutes c’est super long quand même.

 

Nous avons bien sûr explosé de rire et j’ai tout de suite su que nous étions fait pour nous entendre. Tu es l’une des seules, voir la seule, avec qui j’ai gardé contact. Même si nous ne nous parlons qu’approximativement tous les six mois et que nous nous quittons en nous promettant de ne pas attendre encore six mois pour nous reparler.

 

Bien à toi, chère Barbie, je te souhaite tout ce qu’il y a de meilleur à te souhaiter.

 

 

* L’expression «  sac de sable » désigne le passager arrière d’une voiture de patrouille.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 20 janvier 2009

Chère Madame, cher Monsieur,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Cependant vous n’êtes pas un personnage imaginaire comme il m’arrive d’en inventer. Vous étiez magistrat, ou magistrate, je n’en sais rien et je n’en ai cure. Vous étiez, et vous êtes probablement toujours, l’Etat, la réponse de l’Etat.

 

Lorsque je suis arrivé au commissariat de Loin-Là-Bas, tout jeune flicard, juste sorti de l’école, j’ai eu affaire à un malfrat. Car celui-là n’était pas un jeune désoeuvré, un rejeté ou un égaré. Non. C’était un voyou, une pourriture, un déchet. Il était en Garde à Vue (encore) pour des faits particulièrement graves.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon, disait-on dans les couloirs.

 

Différentes procédures pour stupéfiants, vols, recels, violences et j’en passe, lui avaient valu un joli bagage de dix huit mois de sursis.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Je le surveillais parce qu’au cours d’un règlement de compte entre bandes, il avait fendu le crâne d’un de ses opposants avec une manivelle de cric. Sa victime, qui n’avait de victime que le nom tant son palmarès était impressionnant, était à ce moment là à l’hôpital, dans le coma.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Confronté au frère du blessé, il lui a sauté dessus et lui a brisé le nez sous les yeux de l’O.P.J.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Jugé en comparution immédiate, vous l’avez laissé ressortir libre du tribunal avec vingt quatre mois de sursis.

 

-         Cette fois non plus, il n’est pas allé au ballon.

 

Vous me direz peut-être que la justice n’est pas un capharnaüm. Qu’on n’y fait pas n’importe quoi. Qu’il y faut y appliquer la loi. Qu’on y a, comme dans la police, les mains liées. Et c’est probablement vrai… Dans une certaine mesure.

 

Car, voyez-vous, je ne suis qu’un humble Gardien de la Paix. Une brute décérébrée pour certains. Ce qui, dans une certaine mesure également, est vrai. Mais permettez moi de vous raconter une autre anecdote.

 

Il y avait, dans le ressort géographique du commissariat de Près-De-Chez-Moi, une femme. Une loque, un autre déchet d’une autre nature, dont la vie avait probablement été une tragédie. Elle avait plusieurs enfants qui lui avaient été retirés par décision de justice. Ce qui était probablement la meilleure chose qui puisse leur arriver.

 

Cette femme remuait ciel et terre pour récupérer sa progéniture. Elle allait crier scandale, tantôt au commissariat, tantôt à la préfecture et tantôt au tribunal. De guerre lasse, une substitue décida de la recevoir pour lui expliquer que ses enfants ne lui seraient pas rendus. Au cours de l’entretient, cette femme s’est levée et a giflé la magistrate. Elle est repartie du tribunal dans un fourgon de police pour passer quinze jours en prison.

 

-         Cette fois, elle est allée au ballon.

 

Vous m’expliquerez que ces deux cas particuliers n’ont rien à voir entre eux. Ce qui est vrai. Qu’ils ne se sont pas passés dans le ressort du même parquet. Ce qui est vrai. Et que, non, en France, il n’y a pas deux poids et deux mesures… Ce qui est bien imité.

 

Bien à vous, Madame, Monsieur, je vous souhaite d’avoir un jour la possibilité et les moyens de pouvoir faire votre travail dans les meilleures conditions.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Samedi 10 janvier 2009

Chère mademoiselle,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous êtes le personnage principal d’une petite anecdote que m’a raconté un de mes collègues il y a quelques temps.

 

Il était en charge de la surveillance des cellules de Garde à Vue lorsque vous vous êtes rencontrés. Fraîche, pimpante et légèrement éméchée, vous étiez rieuse, ironique et incisive. Tout juste sortie de l’adolescence, vous étiez là pour une affaire de stupéfiants sans réelle gravité… Dans votre esprit. D’où votre révolte naissante, notamment contre mon collègue qui représentait, à vos yeux, l’institution. Il m’a confié avoir obtenu une petite vengeance en vous faisant découvrir votre hébergement pour la nuit.

 

Qui n’a jamais vu une cellule de Garde à Vue peut avoir du mal à comprendre. Les nettoyages quotidiens qu’elles subissent ne parviennent pas jamais à en effacer totalement la crasse, les déjections de toutes sortes, les graffitis (que malgré notre vigilance nous ne parvenons pas toujours à empêcher) et surtout l’odeur dont elles sont imprégnées.

 

Votre sourire provocateur a immédiatement disparu. Vous vous êtes assise sur le banc du bout des fesses, le plus loin possible de votre compagne d’infortune. Jeune fille de bonne famille que vous sembliez être, la tenue de celle-ci, par sa légèreté, ne vous a laissé aucun doute sur ses activités. Elle était ce qu’on appelle dans le métier : une routière.

 

Malgré vos flagrantes différences, la promiscuité fit que vous ne putes (sans mesquin jeu de mot) que discuter avec elle. Vous lui expliquâtes donc que votre consommation de stupéfiants, légère, occasionnelle et festive, ne justifiait en rien la retenue dont vous faisiez l’objet. Elle vous répondit ceci :

 

Moi aussi, j’ai commencé pour faire la fête. Aujourd’hui j’ai trente cinq ans, j’ai le sida, l’hépatite et, tous les jours, je suce des bites sur le trottoir pour avoir ma dose en attendant de crever.

 

Et elle vous a parlé. Toute la nuit. Elle vous a présenté sa vie. La vie. Comme seuls les gens de son espèce et de la mienne peuvent la connaître. Elle ne vous a fait aucun cadeau, ne vous a rien caché. Elle a utilisé ses mots à elle. Rugueux et percutants. Vous vous êtes aperçu, petit à petit, que ce que vous aviez devant vous n’était pas seulement ce qu’on appelle pudiquement une fille de mauvaise vie mais surtout votre futur. Votre futur possible.

 

En sortant vous avez dit à mon collègue.

 

Je ne vous dis pas au revoir, je vous dis adieu car nous ne nous reverrons jamais.

 

J’aime à croire que cette vaccination vous a servi.

 

Bien à vous, mademoiselle, puissiez vous ne plus jamais avoir affaire à un policier.

 

Bien à vous, chère routière, j’espère de tout cœur que vous avez sauvé une vie cette nuit là, à défaut d’avoir sauvé de la vôtre.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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