Mardi 3 novembre 2009

Cher monsieur,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. J’ai cependant entendu parler de vous par l’un de mes collègues au cours d’une histoire que j’ai trouvée fort édifiante.

 

Mon collègue, tout comme moi, a effectué son service national dans la police, en tant que Policier Auxiliaire. Contrairement à moi, il était affecté dans un aéroport. Un jour, qu’il était en patrouille pédestre dans les bâtiments, son collègue et accompagnateur, qui, lui, était un Gardien de la Paix, l’a laissé quelques minutes pour s’acheter un journal.

 

Mon collègue a vu un homme qui lui a semblé très étrange. Tout d’abord parce qu’il tentait (au combien vainement il faut le préciser) de le regarder sans le montrer. Et ensuite parce que, malgré une température tout à fait convenable, il transpirait abondamment.

 

Se sachant épié, mon collègue le regarda à son tour directement, sans chercher à se dissimuler le moins du monde. L’homme, apparemment pris de panique, plongea une main dans le sac qu’il portait dans les bras et s’avança vers mon collègue. Celui-ci, pris au dépourvu et quelque peu alarmé par l’air volontaire du sieur, écouta son instinct. Il lui écrasa son coude sur le coin de la trogne en y mettant toute son énergie.

 

K.O technique, bras en croix et attroupement, voilà ce que trouva l’accompagnateur, lorsqu’il revint la gueule enfarinée et le journal à la main. Le sac de l’homme, contenait un pistolet. Un beau, un tout neuf, un du genre à vous arracher la moitié du brushing sans faire d’effort particulier. Le propriétaire du pistolet était recherché par la D.S.T. pour une sombre histoire dont je n’ai pas eu les détails. Mon collègue non plus d’ailleurs mais les histoires concernant la Sécurité du Territoire ont toujours une dimension obscure et peu ragoûtante.

 

Joli coup de filet donc ! Mon collègue fut félicité, récompensé, félicité à nouveau et on le fît monter en grade (ce qui pour un P.A. se borne à lui octroyer une petite rallonge d’argent de poche).

 

Vous étiez préfet à cette époque. Peut-être l’êtes vous toujours d’ailleurs. Et vous êtes venu vous-même le féliciter. Serrage de louche. « C’est bien gamin continue comme ça ». La routine quoi. Mis à part que vous lui avez demandé de vous raconter comment les choses s’étaient déroulées. Et qu’il a eu le tord de vous dire ce qu’il pensait.

 

« Mieux vaut faire le boucher que le veau » : ce sont ses propres dires. J’imagine qu’il a du vous expliquer à peu près la même chose avec un langage un peu plus fleuri, vous étiez tout de même le préfet. Il ne savait absolument pas à qui il avait affaire. Une main qui disparaît alors que quelqu’un s’approche est un synonyme de danger. Je ne pense pas que ce genre de considération vous soit familière d’une quelconque façon. Il a écouté son instinct, préférant prendre les devants, au risque de faire une erreur, plutôt que d’imposer à ses collègues le triste devoir d’informer sa famille.

 

Mais voilà, on ne parle pas ainsi à un préfet. On n’explique pas à un préfet la triste réalité du métier. On ne montre pas à un préfet qu’un policier n’est qu’un humain. Capable d’erreur, capable de peur et qui ne s’en tire sans problème que par un formidable coup de chance.

 

Donc mon collègue, sitôt gradé, fût dégradé. Histoire de lui apprendre comment qu’on cause quand qu’on est dans l’beau monde.

 

Conclusion, Monsieur, vous lui avez appris que, certes, la parole est d’argent mais le silence est d’or. Cette leçon valait elle un fromage ? Je n’en sais rien. Elle valait apparemment un petit grade de rien repris un gamin loin de chez lui.

 

Bien à vous, monsieur, je vous prie de croire que cette phrase n’est que pure formule de politesse et ne reflète en rien le fond de ma pensée.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 7 octobre 2009

Pour lire et commenter mon dernier texte ("Il est frais"), il vous faudra aller chez Serge. Serge qui est le signataire ici-même du texte qui suit ("Ah, madame !"), je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Serge est un collègue, qui m'a envoyé le texte que vous pouvez lire ici. En échange, je lui ai envoyé un texte qu'il publie sur son site. C'est bon, j'ai tout bien expliqué ?

Donc vous allez commenter son texte ici tandis que pour les commentaires à propos du mien, il faut aller chez lui, parce que si vous commentez chez moi le texte que j'ai laissé chez lui et vice-versa, on ne va plus rien comprendre alors que, déjà aujourd'hui, je ne suis plus sûr moi-même d'avoir tout compris à cette initiative que j'ai pourtant initiée.

En gros, allez là-bas, chez Serge, pour me lire, et savourez Serge ici-même.



Ah, madame !

 

Vous ne connaissez pas mon nom, ne l'avez jamais su, et je ne me souviens plus du vôtre. Et pourtant ce nom, j'aurais eu tout loisir de le noter ce jour où, mutine et prompte à votre volant, vous aviez sous mes yeux copieusement grillé ce feu rouge, avec détermination et élégance, et que je vous avais donc, en tout bien tout honneur, sifflée. Mais j'écris tout de même cette lettre à vous virtuellement adressée, en escomptant vraiment que vous vous reconnaîtrez.

Vous êtes sortie de votre petite auto, toute de cotonnade crème en longue robe vêtue, jeune femme brune aux cheveux interminables et le câlin sourire en coin, pour m'adresser la parole de cet air vaguement dédaigneux de mannequin que les trop belles affichent, d'une voix un peu rauque, un peu trop lente, totalement irrésistible.

Notre échange, madame, infirma heureusement la première impression : vous n'étiez pas inabordable et, qui sait... Tout dans votre attitude, du port de tête à la gestuelle impeccables, disait la splendide brune accoutumée à briser voluptueusement les défenses naturelles du mâle en trois-pièces de directeur de marketing, gris croisé d'attaché de direction ou tenue bleu-flicard de bord de route, quelqu'uniforme, donc, qu'il portât. Ce fut un échange doux, satiné dirais-je, en tout cas pendant une jolie minute, jusqu'à ce que vous assimiliez que décidément, non, je ne me laisserais en rien fléchir.

Vous m'avez alors, en pétulant baroud d'honneur, adressé sur ce ton tellement femme -  ce ton que vous maniiez si bellement depuis le prologue de cette indéniable parade - une courte tirade aux limites ultimes de l'honnêteté et de la langueur qui résonne encore, ineffable nostalgie, en mon souvenir à peine teinté de regret :

- Mais enfin monsieur, admettons, admettons seulement…. Si vous n'étiez pas en service, nous nous entendrions certainement, non ? Vous m'auriez même demandé mon numéro, je me trompe ?

Ah la belle, la sournoise, la merveilleuse attaque, qui ne disait rien et qui promettait – mais promettait seulement - ce que je voulais entendre ; le bel appât, madame, que cette admirable formule rodée de petite et capiteuse trentenaire, stylée jusques au bout de vos doigts fins, cette quasi invite qui a suspendu un instant la bête amende, celle que je vous délivrai dans mon plus grand silence.

Vous êtes rentrée, madame, dans votre petite voiture en claquant la porte de toute la force de votre déception, et cela fit un bruit énorme. Non tant pour les points de permis que vous alliez à coup sûr perdre, mais plutôt je pense pour cet admirable exercice qui n'avait, contrairement à votre accoutumée, pas fait craquer le grand benêt dont vous aviez suavement monté en langoureuse émulsion les instincts prédateurs. Car oui, madame, pour ne rien vous celer, dans votre infernal charme j'étais tout près, vraiment, de me laisser perdre. Mais si dans les rets d'autres beautés je me tords aujourd'hui volontiers encore, apprenez que je ne succombe aux pièges du beau sexe que si le charme est partagé, et non quand fallacieusement la belle tente de me circonvenir.

Autrement dit tu méritais ta prune, grognasse, et tu l'as prise dans ta gueule.

Par Serge REYNAUD - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
Ecrire un commentaire - Voir les 27 commentaires - Recommander
Lundi 14 septembre 2009

Chère Madame,

 

Vous ne connaissez pas mon nom. J’ai retrouvé le vôtre en fouillant dans mon placard récemment. Vous étiez l’objet d’un de mes rapports. Un de ceux qui font rire mes collègues proches car je mets un point d’honneur à y injecter tous les maigres talents dont ma plume est capable. Nous ne nous sommes jamais rencontrés mais nous nous sommes parlés au téléphone de nombreuses fois. Quand j’ai relu mon écrit, j’ai ressenti la même poigne sombre me broyer le cœur. Vous étiez au centre d’une histoire si totalement banale que c’en est à pleurer.

 

Vous étiez âgée. Très âgée. Vous vous dirigiez vers les trois chiffres clopin-clopant. On aurait pu avoir envie de vous applaudir, si le reste n’avait pas été si triste. Vous viviez seule. Dans votre appartement de la Cour des Miracles. Pas dans une cité ou un quartier pourri. Non, autrefois, vous aviez une situation ou peut-être, feu votre époux, j’avoue que je ne m’en souviens plus. Mais je me souviens parfaitement que vous étiez une personne ayant reçu une très stricte éducation. Que vous aviez un phrasé qui me laissait rêveur et que jamais vous ne vous permettiez le moindre écart de langage.

 

Vous aviez acquis votre appartement il y avait bien longtemps. Dans un temps où ce quartier était magnifique. Au pieds des remparts de l’ancienne ville fortifiée. Dans un temps où la vie vous souriait. Dans un temps où l’avenir vous baignait de ses promesses. Dans un temps où le quartier n’était pas un repaire de squats pour marginaux revendicatifs d’un mode de vie dit alternatif qui n’est que prétexte à l’assouvissement de plus vils instincts. Dans un temps où il n’existait pas de gouffre entre le discourt de vos voisins et leurs comportements. Dans un temps où il faisait bon vivre là.

 

Lorsque nous nous sommes parlé la première fois, j’ai déclenché le branle-bas de combat. Vous avez vu débarquer chez vous une horde de barbares en arme, fermement décidée à en découdre avec le salopard qui osait s’introduire par votre fenêtre pour vous dépouiller des maigres ressources qui vous restaient encore. Vous savez, Madame, nous ne sommes pas exactement des tendres, mais je suis convaincu que parmi la flicaille qui vous a côtoyée, je ne suis pas le seul que vous ayez touché.

 

Hélas, Madame, mille fois hélas, je compris plus tard que le problème était bien plus profond que cela. Car, Madame, je n’ai jamais pu vous le dire au cours de nos conversations mais il n’est pas possible que la femme de ménage qui travaillait pour vous il y a quinze ans, revête votre robe de mariée pour passer à travers votre fenêtre, sans la détruire, afin de vous voler vos économies. Madame, je ne vous l’ai jamais dit car ça ne servait à rien: vous perdiez l’esprit. Nous pouvons combattre les malandrins de la pire espèce. Nous pouvons nous opposer aux salopards les plus ignobles. Mais nous ne pouvions rien pour vous. Et je vous prie de croire, Madame, que cela m’empli d’une tristesse que j’ai encore aujourd’hui du mal à exprimer pleinement.

 

Bien sûr, nous avons continué à parler. Vous avez continué à m’appeler. Cependant, je ne pouvais pas monopoliser la Police pour un problème que je la savais impuissante à régler. Ce que je regrettais du plus profond de mon âme, croyez le. De plus, savoir que vous n’étiez pas en danger, que vous n’encourriez pas un de ces périls qui sont mon métier, Madame, ne me permettait pas pour autant de trouver les mots qui aurait pu vous apporter le réconfort. Aujourd’hui encore, je ne pense pas que ces paroles existaient mais cette certitude ne vous a rien apporté non plus.

 

Je ne pense pas me tromper en affirmant que vous viviez l’enfer. Convaincue que vous étiez victime de vos fantômes et convaincue que la Police ne faisait rien pour vous secourir. Ce qui n’est pas totalement faux mais pas totalement vrai. Je souhaitais vous adresser cette lettre pour vous le dire, Madame.

 

Vos incessants coups de fils me mettaient mal à l’aise, Madame. Certes parce qu’ils m’accaparaient mais surtout, je m’en suis aperçu par la suite, car ils me mettaient face à mon impuissance. Je ne pouvais rien pour vous et j’en enrageais. J’ai donc sorti ma plume. Pour la première fois de ma carrière, j’ai laissé de côté mon phrasé purement administratif et formel pour vomir mes tripes sur un rapport. J’ai donné tout ce que je pouvais pour faire comprendre à ma hiérarchie que votre situation n’était pas acceptable. Que certes nous n’avions pas les moyens de vous venir en aide mais que nous avions la possibilité de signaler votre cas à qui de droit.

 

Aujourd’hui, je pense que j’ai trop tardé. Et pour cela, Madame, je vous présente mes plus humbles excuses.

 

La suite, vous ne la connaissez qu’en partie, hélas. Mon rapport n’a rien fait. En tout cas, rien de visible dans l’immédiat. Alors j’ai récidivé. Au moins trois ou quatre fois. Une nuit, n’y tenant plus, j’ai demandé à mon Lieutenant d’aller vous voir afin de m’appuyer dans mes démarches. La joie que vous avez exprimée au téléphone, lorsque je vous ai expliqué qu’un Officier de Police venait chez vous pour prendre la mesure de votre problème m’a, je crois, été encore plus douloureuse que votre détresse. Car, même si vous n’en aviez pas conscience, il ne pourrait faire que ce que j’avais déjà fait. Mais j’espérais que l’appui de son grade accélèrerait les choses.

 

Il a écrit lui aussi. Sûrement de la même façon que moi. C’est un homme droit et bon. Et je dois vous avouer, Madame, que bien que je sois habité qu’une aversion quasi allergique pour une extrême majorité de ma hiérarchie, je respecte profondément cet homme. Autant comme un flic que comme un être humain. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il a remué autant de ciel et autant de terre qu’il a pu pour vous venir en aide.

 

La finalité, Madame, vous ne la connaissez pas complètement, hélas. L’assistante sociale du commissariat a fini par décider de s’occuper de vous. Je choisi de croire qu’elle ne l’avait pas fait jusque là à cause des contraintes administratives car toute autre alternative m’est insupportable. Elle est venue au C.I.C.*, pendant la journée. Fort heureusement je n’étais pas là, et a prononcé cette phrase : « Je voulais m’occuper du cas de Madame X, mais elle est décédée hier. »

 

Comme je vous le disais plus tôt, j’ai trop tardé, Madame, et j’en suis plus que profondément navré. En partie à cause de moi, en tout cas je m’en sens responsable, vous avez fini votre vie en enfer. Vous êtes morte dans la peur. Et je ne suis pas certain d’un jour réussir à me le pardonner.

 

Il me faut pourtant vous remercier, Madame. Votre tragédie m’a enseigné. Je vous prie de croire que je suis maintenant particulièrement vigilant à n’importe quel cas qui pourrait ressembler de près ou de loin au vôtre. Et que désormais, je ne tarde plus, même si cela m’attire parfois quelques moqueries. De plus, Madame, je me suis juré que ceci n’arriverait pas à mes parents. Ce n’est peut-être qu’une maigre consolation. Mais je m’y accroche comme à une bouée de sauvetage.

 

Bien à vous, Madame, j’espère sincèrement et profondément que vous avez maintenant trouvé la paix.

 

 

 

 

 

C.I.C. : Centre d’Information et de Commandement.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mardi 4 août 2009

Madame,

 

Je n’ai pas le moindre souvenir de votre nom. Vous ne devez pas avoir la plus petite idée du mien. Nous nous sommes pourtant rencontrés. Une fois. Un jour historique. Un jour de peur. Un jour surréaliste. Un jour où le monde a tremblé. Le 11 septembre 2001.

 

Les faits sont connus de tous. De vous comme de moi comme de tous ceux qui liront cette lettre. Et ce n’est pas sur eux que je veux revenir. Mais sur vous, sur moi, sur tous les autres, sur cette journée que j’ai le souvenir d’avoir vécu comme dans un autre monde.

 

Ce jour là, bien sûr, je travaillais, comme tout bon chat noir qui se respecte. J’étais d’après midi. Je suis arrivé au commissariat, comme d’habitude, un peu vaseux, pas complètement réveillé. Pas encore prêt à travailler. J’ai toujours quelques minutes de flottement qui généralement s’évacuent dans les vestiaires, lorsque je change de peau.

 

L’ancien qui tenait le standard nous en avait parlé avant que nous n’allions nous changer. Il avait entendu la nouvelle à la radio.

 

Ce collègue était très gentil. Mais il en avait trop vu, trop vécu ou trop subi pour ce qu’il pouvait supporter et il était devenu assez particulier de caractère. J’avais appris à le connaître. A savoir ce que je pouvais attendre et ne pas attendre de lui tout en essayant de rester le plus respectueux possible.

 

Certains ne l’aimaient pas mais nous le trouvions tous gentil. C’était ainsi. Il avait tendance à souvent répéter la même chose et nous avions tendance à ne plus l’écouter.

 

Je n’ai donc pas prêté attention à ses dires. Jusqu’à ce que je vois les images. Ces images qui ont fait le tour du monde. Il y avait une télévision à l’accueil que nous pouvions voir à travers les vitres du bureau du Chef de Poste.

 

Stupeur. Incompréhension. Nous en avons discuté entre nous. Bien sûr, comme la majorité de mes concitoyens, ce que j’ai pu dire ou entendre à ce moment là relevait de la conversation de comptoir. Nous ne savions rien, comme tout le monde mais nous en parlions tout de même. Nous sommes partis en patrouille, nous parlions toujours. Nous sommes revenus à plusieurs reprises, nous parlions toujours. C’était comme si en parler suffisamment longtemps pouvait nous permettre d’expliquer.

 

A chacun de nos passages au commissariat, nous assommions la collège Chef de Poste de questions : c’est elle qui avait la télévision. Elle finit par nous faire comprendre que tous ceux qu’elle croisait lui faisaient subir le même sort et que si nous pouvions le lui épargner, nous, ses collègues de brigade, elle en aurait été heureuse.

 

Au niveau Police Secours, cette journée fut l’une des plus calmes de ma carrière. Pas un seul appel. Et de notre côté, nous ne cherchions pas particulièrement à nous mettre quelque chose sous la dent.

 

Les gens semblaient ailleurs. Ils regardaient le ciel sans savoir ce qu’ils cherchaient. Stupidité ou inconscience, pas une fois la peur ne m’a effleuré. Pas une fois je n’ai pensé à la tour Montparnasse, pas vraiment proche, pas vraiment loin. Je n’y ai pas pensé et de toute façon je ne pouvais rien changer.

 

Quand nous n’en avons plus pu de parler,  nous nous sommes posés dans un coin, pour un contrôle routier. Juste comme ça, pour nous occuper. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés madame, je vous ai contrôlée.

 

Vous étiez au volant d’une Twingo rouge si je me souviens bien. La quarantaine bien mise, pomponnée, avec de magnifiques cheveux très noirs. Vous m’avez regardé, ailleurs. Après quelques secondes, vous m’avez souri, l’air de dire : « C’est pour quoi ? »

 

Je vous ai demandé vos papiers, vous avez mis un peu de temps à les trouver. Je les ai regardé machinalement, sans vraiment les lire. J’ai fait le tour de votre voiture, machinalement toujours et je me suis surpris à regarder en l’air, alors qu’aucun immeuble ne m’entourait*.

 

Je vous ai rendu vos papiers, vous ai dit que vous pouviez y aller. Et vous avez mis la marche arrière au lieu de la première. Vous m’avez regardé à nouveau. M’avez souri. Ailleurs.

 

Vous avez mis la marche arrière quatre fois de suite. Vous n’étiez pas saoule. Vous étiez juste ailleurs. Je vous ai dit d’attendre. De prendre votre temps pour retrouver vos esprits.

 

Vous avez fini par retrouver la première. Vous êtes partie. J’ai arrêté de contrôler. Un de mes collègues est venu me voir, juste après. Livide.

 

Il m’a expliqué qu’il venait de contrôler un homme, au téléphone et au volant. Deux activités incompatibles pour nous. Il l’a fait garer et lorsqu’il est arrivé à sa hauteur, il s’est aperçu qu’il était en pleurs. Avant d’avoir pu annoncer le motif du contrôle, l’homme lui a dit :

 

« Je viens d’apprendre que ma fille est vivante, vous pouvez me faire tout ce que vous voulez, je m’en fiche complètement. »

 

Mon collègue n’a même pas regardé ses papiers. Il l’a fait patienter, le temps que ses yeux s’assèchent. Le temps qu’il puisse y voir quelque chose.

 

Nous avons regardé passer les voitures un petit moment puis nous sommes repartis. Nous avons attendu que la journée se termine. Nous n’avions pas le cœur d’en faire plus et nul ne nous l’a reproché.

 

Bien à vous Madame, où que vous soyez, quoique vous fassiez.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 26 juillet 2009

-         Police Secours, j’écoute.

-         Bonjour, j’aurais besoin d’un renseignement s’il vous plait.

-         Bonjour, allez y je vous écoute.

-         Voilà, je ne veux pas vous dire qui je suis ni où je suis mais je vis depuis quelques jours avec quelqu’un qui me bat et qui a des armes chez lui, vous pensez que je devrais partir ?

-         Madame, je pense que toute personne à l’esprit normalement constitué partirait, oui. Mais je ne suis pas sûr que ce soit votre cas.

-         Oui, vous avez raison. Merci, au revoir !

-         Au revoir !

Par Jayos - Publié dans : Brève de 17.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 26 juillet 2009

-         Police Secours, j’écoute.

-         (Voix du poivrot patenté) Faut venir tout de suite !!

-         Ola, vous avez consommé de l’alcool, monsieur ?

-         NooooOOOOOooooon !! J’vous jure !!

-         Arrêtez de mentir, monsieur, ça se sent d’ici !

-         Bon, d’accord, c’est vrai, j’ai bu un peu…

-        

Par Jayos - Publié dans : Brève de 17.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 26 juillet 2009

-         Mirabelle d’Eglantine !

-         Parlez.

-         Faites retour toute affaire cessante ! Et faites diligence* !

-         Reçu !!

 

 

-         Allô ? Le commissariat d’Ici ? Le commissariat D’A-Côté à l’appareil. Tu avais des stagiaires en formation au C.D.S.F.** ?

-         Oui pourquoi ?

-         Apparemment, ils avaient une urgence et ils devaient rentrer dare-dare. Le problème c’est qu’ils ont écrasé leur bagnole dans le tunnel à côté du commissariat, ils vont pas arriver tout de suite.

-         Ils vont bien ?

-         Oui, oui, un peu pâlichons mais pas blessés. Ils sont devant moi là. La voiture par contre est morte.

-         Ah… En fait, c’est le tôlier*** qui a pris les ondes… Il avait besoin de la caisse pour rentrer chez lui…

-        

 

 

* Faire diligence n’a rien à voir avec le Pony Express mais c’est l’expression consacrée sur les ondes de la police pour signifier à quelqu’un de se magner le train.

 

** Centre Départemental des Stages et de la Formation.

 

*** Commissaire de police. Petit surnom qui lui est donné en son absence.

Par Jayos - Publié dans : Les Perles des ondes.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 7 juin 2009
Comme vous avez pu le remarquer depuis quelques mois, j'écris beaucoup moins, voir plus du tout. Non pas que je me sois lassé mais je me suis lancé dans deux projets qui ne me laissent guère de place en dehors d'eux que pour le travail.

Premièrement, je me suis acheté une maison que je suis en train de retaper et de faire retaper. Vous imaginez parfaitement le travail et le temps que cela demande.

Deuxièmement, et c'est là la raison principale de ce billet, je suis particulièrement fier de pouvoir vous annoncer que j'ai été reçu à l'examen du premier Dan de Karaté. Je me suis présenté hier matin dans la voie traditionnelle (les connaisseurs sauront de quoi je parle).

Je suis donc maintenant Ceinture Noire (comme on dit communément) de Karaté dans le style Shotokan.

Je me préparais tranquillement mais surement déjà depuis un an et demi mais l'approche de l'échéance m'a fait redoubler d'efforts et ainsi mettre ce blog à l'arrière plan.

Tant que ma maison ne sera pas terminée et le démenagement bouclé je ne pense pas reprendre le blog mais sachez que je ne compte pas cesser mes activités à ce niveau là. Il faudra juste être patient avant de me lire à nouveau.

Voili, voilou, les dernières nouvelles du front.

A bientôt.
Par Jayos - Publié dans : Ceci n'a rien à voir.
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Mardi 14 avril 2009

-         C.D.I., d’Eglantine.

-         Parlez.

-         Vous allez vous rendre rue du Caribou Hydrocéphale pour un individu qui distribue des tracts à côté de la Préfecture.

 

 

-         Eglantine de C.D.I.

-         Parlez.

-         Ouais, bon, on est sur place là. Y a un keum qui refile des tracts aux passants, j’en fais quoi ? Je le laisse, je l’embarque, je le latte ou quoi ?

-         … C.D.I., je n’ai pas compris votre message.

-         (Autre voix) Eglantine de C.D.I., ce que mon éloquent collègue voulait dire c’est qu’il requiert instructions quant à la conduite à tenir concernant l’individu.

-         Ah…

 

 

 

 

 

 

C.D.I. : Compagnie Départementale d’Intervention. Parfois réquisitionnée pour la Police Secours quand le personnel manque.

Par Jayos - Publié dans : Les Perles des ondes.
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mardi 14 avril 2009

-         Police Secours, j’écoute.

-         Alors là, je suis très en colère !

-         Contre qui, monsieur ?

-         Contre mes parents !

-         Et en quoi cela concerne-t-il la Police ?

-         Euh… En rien, pourquoi ?

-         Parce que du coup, nous n’avons plus rien à nous dire, monsieur. Au revoir.

Par Jayos - Publié dans : Brève de 17.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés