Mardi 14 avril 2009

Ma Maîtresse,

 

Il y a bien longtemps maintenant que nous nous connaissons. D’innombrables nuits nous avons passé ensemble. Tu m’as tenu compagnie quand j’étais seul. Tu m’as réconforté quand j’étais anxieux. Tu étais là quand j’étais triste.

 

Ma Maîtresse, tes formes voluptueuses hantent mes sens, ton parfum m’enivre, le souvenir de ton contact, toujours, m’empli d’un incontrôlable frisson.

 

Je suis venu vers toi à une époque où j’étais loin des miens. Entouré de gens pas toujours fréquentables, à faire des choses pas toujours utiles et bien souvent difficiles. Toujours tu m’as soutenu. Toujours tu es restée près de moi. Jamais tu ne m’as abandonné.

 

Ma Maîtresse, bien d’autres sont venus à toi. Pour les même raisons et pour de multiples autres. Parfois compréhensibles mais toujours mauvaises. Tu les as tous acceptés, comme tu m’as accepté. Tous ont connu tes faveurs, ta douceur et ton affection.

 

Tout ceci ne peut plus durer. Ta présence, petit à petit, m’insupporte, petit à petit, me détruit.

 

Ma Maîtresse, vieille salope, aujourd’hui je te quitte, j’arrête de fumer.

 

 

 

 

Pour ceux que ça intéresse, non je n’ai pas arrêté de fumer mais j’avais envie de publier ce texte. Et comme c’est un peu moi qui décide…

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 3 mars 2009

Cher HommeDesChamps,

 

Je me souviens parfaitement de votre nom et peut-être vous souvenez vous du mien. Vous avez été mon dernier professeur de français. J’étais alors en classe de première, dite scientifique, et j’étais une superbe feignasse, il faut le reconnaître.

 

Si aujourd’hui je pouvais avoir la chance de suivre à nouveau vos cours, j’en tirerais un plaisir infini. Cependant, à l’époque, je m’en contrefichais et allais même, dans votre dos, jusqu’à clamer haut et fort que je ne comprenais pas leur utilité. Je l’ai déjà dit : on est jeunes, on est cons mais qu’est-ce qu’on est jeunes !

 

Vous ne m’avez jamais fait la moindre remarque car, quoique profondément rebuté, je suis toujours resté très discipliné et, malgré tout, attentif. Même au comble de l’ennui, il m’était impensable de perturber votre cour, ni aucun autre d’ailleurs. Donc, pour m’occuper, j’écoutais et je prenais des notes.

 

Il va de soi, paresseux comme je l’étais, que j’avais des notes lamentables. Trois types d’épreuves allaient nous être proposées au BAC. Une seule d’entre elles m’inspirait vaguement et me permettait périodiquement d’effleurer la moyenne. Les deux autres, que vous nous imposiez avec la même régularité, me permettaient de flirter avec les gouffres les plus abyssaux du contrôle continu scolaire.

 

A l’approche de l’examen, stress aidant, j’ai appris par cœur ou presque les notes prises en cour. Me planter à un examen trop dur pour moi : soit. Mais me présenter les mains dans les poches sans m’être préparé : hors de question.

 

Le résultat, peut-être vous en souvenez vous, fût un miracle. A l’épreuve écrite, j'ai choisi le sujet qui me convenait le mieux. Sans faire d’étincelles, je m’en suis tiré honorablement. A l’épreuve orale, je me suis appuyé sur vos notes et j’ai eu la chance de tomber sur un texte que j’appréciais (Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée de Victor Hugo). Je régurgitai aussi fidèlement que possible le savoir dont je m’étais gavé récemment. Apparemment, je m’en tirai brillement et récoltai un seize inespéré.

 

Je vous ai croisé au lycée, l’année suivante et vous m’avez dit quelque chose que je n’ai jamais oublié. « J’ai appris que vous aviez eu un bon résultat à l’oral. Vous aviez des difficultés avec moi mais vous vous en êtes bien sorti. Je suis content pour vous. » Vous m’auriez dit « Tu as eu de la chance, tu n’as rien fait toute l’année et tu n’as travaillé que pour l’examen. » je ne vous aurais pas contredit car c’était la stricte vérité. Cependant non, avec beaucoup de modestie, vous avez insinué que votre méthode d’enseignement ne m’était peut-être pas adaptée.

 

Vous n’imaginez pas ce que ces phrases ont été pour moi. Vous n’imaginez pas ce qu’est, pour un petit crétin de quinze ou seize ans, de voir un homme capable de se remettre en cause après une à deux décennies d’enseignement. Vous m’avez appris plus en trente secondes qu’en un an. Vous m’avez appris qu’il n’y a pas de certitude. Qu’on n’arrive jamais à la perfection professionnelle. Qu’on ne peut s’en approcher qu’au prix d’une constante remise en question. Vous m’avez montré comment réagi un homme digne de ce nom lorsqu’il aspire à devenir un bon professionnel. Et pour cela je dois vous remercier.

 

Cependant, vous devez vous douter que je ne vous adresse pas cette lettre uniquement pour raconter ma petite vie insignifiante. Je vous écris car nous nous sommes reparlé il y a quelques temps mais nous ne pouvez pas le savoir. C’était un soir où un rallye automobile se courrait dans la ville où vous habitez et où je travaille. Vous m’avez téléphoné ce soir là sans savoir que c’était moi.

 

Une voiture de course, c’est joli, ça va vite mais c’est très bruyant. Je conçois tout à fait qu’au bout de plusieurs heures de compétition les riverains en soient excédés. Vous m’avez donc téléphoné pour me demander, en substance, de mettre fin à l’épreuve et de rétablir la tranquillité publique.

 

Cependant vous ne l’avez pas fait en ces termes. Devant mon constat d’impuissance à accéder à votre requête et bien que vous soyez resté d’une politesse exemplaire, vous m’avez tenu un discours digne du dernier des abrutis. Plein de clichés et de non-sens policiers.

 

Vous vous étiez présenté au début de notre entretient. Je me suis alors dit qu’après avoir répondu à votre question, que je ne connais pas encore, j’allais m’identifier également et vous donner de mes nouvelles. Peut-être même vous expliquer ce que j’ai raconté précédemment. Vous avez raccroché sans m’en donner l’occasion et notre conversation m’en avait ôté l’envie.

 

Je sais l’homme que vous êtes et j’éprouve toujours le plus profond respect pour vous. J’ose présumer que vos propos n’étaient que le reflet de votre exaspération. Et c’est là que je voulais en venir. Si un personnage tel que vous peut tenir ce langage lorsqu’il s’adresse à la Police et parce qu’il s’adresse à la Police, je vous laisse imaginer ce que des gens qui n’ont pas vos qualités peuvent nous dire. Cela en est même presque systématique et je pense que je  ne suis pas loin de parler de conditionnement.

 

Non pas un conditionnement volontaire ou imposé par une quelconque puissance étatique malveillante. Je parle d’un conditionnement de fait, s’étalant sur des années de pratique. Je pense fortement que ce processus est un des facteurs qui fait de nous, policiers, des gens au caractère bien particulier. A la tournure d’esprit et aux réactions parfois inhabituelles. Imaginez comment vous seriez si une grande proportion des gens à qui vous avez affaire se comportaient comme des crétins. Et surtout, imaginez la difficulté que vous auriez, aussi bien lors du service qu’en dehors, à différencier un véritable abruti pure souche d’un monsieur tout le monde excédé par les circonstances.

Bien souvent il m’arrive de réagir à certains propos ou à certaines situations et de me dire à posteriori que c’est ce conditionnement qui parle. A mon sens c’est l’une des plus grandes difficultés qu’il nous faut affronter.


Bien à vous, cher HommeDesChamps, je dois vous remercier une nouvelle fois de m'avoir fait comprendre ça. J’espère que vous en avez inspiré d’autres.

 

 

 

Sensei : (japonais) Professeur.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Samedi 21 février 2009

-         Police Secours, bonjour !

-         J’en ai plein le cul de ces enculés et leur musique de débile !

-         Calmez-vous et expliquez moi votre problème.

 

 

-         Police Secours, bonjour !

-         Putain, vous foutez quoi ? C’est le bordel dans la rue Machin, on peut pas rouler !

-         Bonjour à vous aussi, que se passe-t-il exactement ?

 

 

-         Police Secours…

-         Vous branlez quoi, merde ? J’en ai marre de tous ces bâtards avec leurs scooters !

-         C’est quoi le problème ?

 

 

-         Ouais… Police Secours…

-         Cette salope, je mais lui exploser sa gueule ! Vous avez intérêt à faire quelque chose !

-         Ouais, c’est ça. Qu’est ce qui se passe ?

 

 

-         La Police…

-         Bonjour, monsieur.

-         Euh … Pardon … Bonjour, madame.

-         Excusez moi de vous déranger, je sais que vous êtes très occupés mais mon mari n’est pas encore rentré et je commence à m’inquiéter… Ah … Non… Il est en train d’arriver. Je suis vraiment désolée, je vous ai dérangé pour rien.

-         Il n’y a pas de dérangement, madame.

-         Vraiment pardon d’avoir pris de votre temps. Merci beaucoup.

-         C’est moi qui vous remercie, madame.

-         Ah bon ? Pourquoi ?

-         Je vous remercie juste de me parler comme vous le faites.

-         Ah… Si vous le dites… Au revoir, monsieur.

-         Au revoir, madame.

Par Jayos - Publié dans : Brève de 17.
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Samedi 21 février 2009

-         Mirabelle, d’Eglantine.

-         Parlez.

-         Vous allez vous rendre au 10 de l’allée du Castor Asthmatique, troisième étage, porte sept, pour un différend de voisinage.

-         Reçu.

 

 

-         Eglantine, de Mirabelle.

-         Parlez.

-         Fin d’intervention rue du Castor Asthmatique. Le problème n’est pas la cohabitation. Le problème est pathologique. La requérante est particulièrement légère du bulbe. Il n’y a rien là bas qui concerne la Police. Quittons les lieux.

-         (Rires étouffés) C’est un message bien reçu pour Eglantine !

Par Jayos - Publié dans : Les Perles des ondes.
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Jeudi 12 février 2009

Chère Barbie,

 

Je sais parfaitement que tu ne t’appelles pas Barbie et je te prie de me pardonner pour ce surnom que tu n’aimeras sûrement pas. Tu dois, je pense, te souvenir de moi, nous nous sommes rencontrés à maintes reprises.

 

Tu étais (tu es sûrement toujours) jolie comme un cœur avec tes cheveux de paille. Tu venais d’être affectée dans le commissariat et nous ne te connaissions pas. Je pense que je me souviendrai toujours du jour où j’ai décidé que tu étais fréquentable.

 

Mais je dois d’abord parler d’une petite chose pour que les gens qui me lisent (oui, il y en a, enfin je crois) comprennent cette petite histoire. Il y avait, à ce moment là, une campagne de publicité pour des plats préparés qu’ils suffisaient de passer sept minutes au micro-ondes. J’ai totalement oublié le nom de la marque mais je me souviens que les affichent montraient une blonde, forcément magnifique dans le monde des médias, et disaient : « Sept minutes d’intelligence par jour. ». Sous-entendant que cette plantureuse créature n’était capable d’un raisonnement logique que pendant le temps de préparation du produit.

 

Nous étions en voiture, j’étais passager avant, toi sac de sable* et le chauffeur qui n’était pas le dernier pour la rigolade t’a demandé ton avis sur l’affiche que nous venions de croiser et qui reprenait ce slogan. Forcément je n’ai pu m’empêcher d’abonder dans son sens.

 

Tu as penché sont adorable frimousse sur le côté et tu nous as répondu :

 

-         Euh… Je sais pas, sept minutes c’est super long quand même.

 

Nous avons bien sûr explosé de rire et j’ai tout de suite su que nous étions fait pour nous entendre. Tu es l’une des seules, voir la seule, avec qui j’ai gardé contact. Même si nous ne nous parlons qu’approximativement tous les six mois et que nous nous quittons en nous promettant de ne pas attendre encore six mois pour nous reparler.

 

Bien à toi, chère Barbie, je te souhaite tout ce qu’il y a de meilleur à te souhaiter.

 

 

* L’expression «  sac de sable » désigne le passager arrière d’une voiture de patrouille.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 20 janvier 2009

Chère Madame, cher Monsieur,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Cependant vous n’êtes pas un personnage imaginaire comme il m’arrive d’en inventer. Vous étiez magistrat, ou magistrate, je n’en sais rien et je n’en ai cure. Vous étiez, et vous êtes probablement toujours, l’Etat, la réponse de l’Etat.

 

Lorsque je suis arrivé au commissariat de Loin-Là-Bas, tout jeune flicard, juste sorti de l’école, j’ai eu affaire à un malfrat. Car celui-là n’était pas un jeune désoeuvré, un rejeté ou un égaré. Non. C’était un voyou, une pourriture, un déchet. Il était en Garde à Vue (encore) pour des faits particulièrement graves.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon, disait-on dans les couloirs.

 

Différentes procédures pour stupéfiants, vols, recels, violences et j’en passe, lui avaient valu un joli bagage de dix huit mois de sursis.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Je le surveillais parce qu’au cours d’un règlement de compte entre bandes, il avait fendu le crâne d’un de ses opposants avec une manivelle de cric. Sa victime, qui n’avait de victime que le nom tant son palmarès était impressionnant, était à ce moment là à l’hôpital, dans le coma.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Confronté au frère du blessé, il lui a sauté dessus et lui a brisé le nez sous les yeux de l’O.P.J.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Jugé en comparution immédiate, vous l’avez laissé ressortir libre du tribunal avec vingt quatre mois de sursis.

 

-         Cette fois non plus, il n’est pas allé au ballon.

 

Vous me direz peut-être que la justice n’est pas un capharnaüm. Qu’on n’y fait pas n’importe quoi. Qu’il y faut y appliquer la loi. Qu’on y a, comme dans la police, les mains liées. Et c’est probablement vrai… Dans une certaine mesure.

 

Car, voyez-vous, je ne suis qu’un humble Gardien de la Paix. Une brute décérébrée pour certains. Ce qui, dans une certaine mesure également, est vrai. Mais permettez moi de vous raconter une autre anecdote.

 

Il y avait, dans le ressort géographique du commissariat de Près-De-Chez-Moi, une femme. Une loque, un autre déchet d’une autre nature, dont la vie avait probablement été une tragédie. Elle avait plusieurs enfants qui lui avaient été retirés par décision de justice. Ce qui était probablement la meilleure chose qui puisse leur arriver.

 

Cette femme remuait ciel et terre pour récupérer sa progéniture. Elle allait crier scandale, tantôt au commissariat, tantôt à la préfecture et tantôt au tribunal. De guerre lasse, une substitue décida de la recevoir pour lui expliquer que ses enfants ne lui seraient pas rendus. Au cours de l’entretient, cette femme s’est levée et a giflé la magistrate. Elle est repartie du tribunal dans un fourgon de police pour passer quinze jours en prison.

 

-         Cette fois, elle est allée au ballon.

 

Vous m’expliquerez que ces deux cas particuliers n’ont rien à voir entre eux. Ce qui est vrai. Qu’ils ne se sont pas passés dans le ressort du même parquet. Ce qui est vrai. Et que, non, en France, il n’y a pas deux poids et deux mesures… Ce qui est bien imité.

 

Bien à vous, Madame, Monsieur, je vous souhaite d’avoir un jour la possibilité et les moyens de pouvoir faire votre travail dans les meilleures conditions.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Samedi 10 janvier 2009

Chère mademoiselle,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous êtes le personnage principal d’une petite anecdote que m’a raconté un de mes collègues il y a quelques temps.

 

Il était en charge de la surveillance des cellules de Garde à Vue lorsque vous vous êtes rencontrés. Fraîche, pimpante et légèrement éméchée, vous étiez rieuse, ironique et incisive. Tout juste sortie de l’adolescence, vous étiez là pour une affaire de stupéfiants sans réelle gravité… Dans votre esprit. D’où votre révolte naissante, notamment contre mon collègue qui représentait, à vos yeux, l’institution. Il m’a confié avoir obtenu une petite vengeance en vous faisant découvrir votre hébergement pour la nuit.

 

Qui n’a jamais vu une cellule de Garde à Vue peut avoir du mal à comprendre. Les nettoyages quotidiens qu’elles subissent ne parviennent pas jamais à en effacer totalement la crasse, les déjections de toutes sortes, les graffitis (que malgré notre vigilance nous ne parvenons pas toujours à empêcher) et surtout l’odeur dont elles sont imprégnées.

 

Votre sourire provocateur a immédiatement disparu. Vous vous êtes assise sur le banc du bout des fesses, le plus loin possible de votre compagne d’infortune. Jeune fille de bonne famille que vous sembliez être, la tenue de celle-ci, par sa légèreté, ne vous a laissé aucun doute sur ses activités. Elle était ce qu’on appelle dans le métier : une routière.

 

Malgré vos flagrantes différences, la promiscuité fit que vous ne putes (sans mesquin jeu de mot) que discuter avec elle. Vous lui expliquâtes donc que votre consommation de stupéfiants, légère, occasionnelle et festive, ne justifiait en rien la retenue dont vous faisiez l’objet. Elle vous répondit ceci :

 

Moi aussi, j’ai commencé pour faire la fête. Aujourd’hui j’ai trente cinq ans, j’ai le sida, l’hépatite et, tous les jours, je suce des bites sur le trottoir pour avoir ma dose en attendant de crever.

 

Et elle vous a parlé. Toute la nuit. Elle vous a présenté sa vie. La vie. Comme seuls les gens de son espèce et de la mienne peuvent la connaître. Elle ne vous a fait aucun cadeau, ne vous a rien caché. Elle a utilisé ses mots à elle. Rugueux et percutants. Vous vous êtes aperçu, petit à petit, que ce que vous aviez devant vous n’était pas seulement ce qu’on appelle pudiquement une fille de mauvaise vie mais surtout votre futur. Votre futur possible.

 

En sortant vous avez dit à mon collègue.

 

Je ne vous dis pas au revoir, je vous dis adieu car nous ne nous reverrons jamais.

 

J’aime à croire que cette vaccination vous a servi.

 

Bien à vous, mademoiselle, puissiez vous ne plus jamais avoir affaire à un policier.

 

Bien à vous, chère routière, j’espère de tout cœur que vous avez sauvé une vie cette nuit là, à défaut d’avoir sauvé de la vôtre.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 9 décembre 2008

Cher Brigadier.

 

Je me souviens parfaitement de votre nom, peut être vous souvenez vous encore du mien. Nous nous sommes rencontrés il y a un petit moment maintenant à l’Ecole Nationale de Police de Loin-de-chez-moi où j’ai fait mes classes de Policier Auxiliaire.

 

Vous m’avez appris pas mal de choses Brigadier, il y a longtemps, et je m’en souviens comme si c’était avant-hier (ça commence à se défraîchir). Vous nous répétiez sans cesse « c’est la routine qui tue le couple et c’est la routine qui tue le policier ».

 

Vous nous avez également appris la légitime défense. Mon Dieu que ça semblait compliqué dans votre bouche. Vous nous parliez d’atteinte injustifiée, réelle et actuelle à laquelle on répliquait par une riposte simultanée, proportionnelle et nécessaire. Ce n’était ni plus ni moins que la définition légale de la légitime défense telle qu’elle est décrite dans le Code Pénal. Vous êtes ensuite revenu sur chacun de ces mots pour nous les expliquer comme vous le pouviez. Vous avez fait comme on vous disait de faire. Dans l’ensemble nous avons compris ce que vous vouliez nous transmettre et c’est le principal. Je me permets cependant de vous adresser cette petite lettre pour vous expliquer une autre façon de faire comprendre la légitime défense que j’ai apprise bien plus tard.

 

Elle se présente sous la forme d’un petit conte.

 

Il existait dans le Japon médial un guerrier sans pareil. Un duelliste hors pair qui jamais n’avait été vaincu. Lorsqu’il vit la fin de son existence poindre à l’horizon il décida de transmettre son savoir et de prendre sous son aile cinq disciples.

 

Tous étaient de formidables combattants, forts, rapides et intelligents. L’un d’eux cependant surclassait les autres en tout point si ce n’est en agressivité. A la mort de leur maître, ils fondèrent chacun une école, en accord avec leurs styles respectifs.

 

Le plus doué des cinq enseignait la voie de la non violence. Encourageait ses élèves à ne jamais accepter un duel et à ne jamais se battre. Lorsqu’on venait le défier, il refusait toujours. Il allait même jusqu’à baiser les pieds de ses adversaires pour éviter le combat.

 

Ses condisciples jugeaient cette attitude indigne des enseignements qu’ils avaient reçus. Une nuit, pour préserver la mémoire de leur maître, ils s’introduisirent dans l’école du cinquième pour l’assassiner.

 

Il les tua tous les quatre.

 

Cette histoire est racontée dans certains dojo afin que les enfants puissent toucher du doigt la notion de légitime défense. Je la trouve plus attrayante et plus parlante que celle du Code Pénal.

 

Bien à vous, cher Brigadier, quoique vous fassiez maintenant.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Vendredi 28 novembre 2008

Chère Madame,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous êtes l’objet d’une histoire qui m’a été rapporté et que j’ai décidé de reprendre à mon compte. Non par vanité mais parce que je trouve plus aisé d’agir ainsi et aussi parce que comme c’est moi écris, je fais un petit peu ce que je veux (non mais oh).

 

C’était un dimanche matin. Pas trop tôt. Pas trop tard non plus. A l’heure où les braves gens s’en vont acheter leur pain. Il faisait froid et il me plait à penser que l’hiver avait imposé sa marque immaculée sur la région. J’étais Chef de Poste, pour une fois inoccupé et plongé dans la lecture d’un de ces romans que j’affectionne tant et qui, faute d’être culturels, ont au moins le mérite de grandement me divertir. J’étais au chaud, au calme. La radio crachotait de temps à autre mais je n’y prêtais qu’une oreille distraite. La pendule au dessus de ma tête égrainait les secondes avec un cliquetis régulier. J’étais bien, envahi de cette demie torpeur qui vous saisi à ces heures là quand vous vous êtes levé très tôt.

 

Il me plait à imaginer que vous êtes entrée sans un bruit. Que vous aviez un certain âge sans pour autant laisser entrevoir la fin du voyage. Que vous étiez pomponnée, parfumée et vêtue d’un joli manteau de fourrure (synthétique, c’est moi qui imagine après tout). J’aurais été surpris de vous voir en levant le nez de mon livre. Vous m’auriez semblé déplacée, toute soignée au milieu de ce décor usagé, devant ce papier peint râpé par le temps et sous cette peinture noircie d’avoir trop vécu.

 

Je vous aurais salué, vous en auriez fait de même et m’auriez expliqué que vous aviez perdu votre carte d’identité. J’aurais fait le tour du bafflant et serais venu chercher à l’accueil le formulaire adéquat. Car voyez vous, à force de nous promettre d’augmenter nos effectifs, on en fini à faire seul le travail de trois ou quatre personnes. Mais qu’à cela ne tienne. Vous me parliez agréablement et ce jour là je n’étais pas débordé.

 

Tout en remplissant ces cases que je connais par cœur, nous aurions commencé à discuter. De tout et de rien, comme il sied à deux personnes civilisées. Chemin faisait, notre conversation serait arrivée sur le sujet de mes collègues féminines. Comme elles étaient courageuses de faire un métier qu’on qualifie souvent de masculin. Qu’elles devaient avoir un certain caractère pour êtres capables de s’imposer aussi bien dans le commissariat qu’à l’extérieur. Qu’au final, elles ne devaient peut être pas être si féminines. Un lieu commun que je n’ai pas l’habitude d’entendre, n’étant pas directement concerné, mais dont mes chères collègues en jupon (à leurs heures) doivent avoir les oreilles remplies à longueur de temps.

 

Il me plait à imaginer que je me serais insurgé (courtoisement, bien entendu). Argumentant que nombreuses d’entre elles étaient tout aussi jolies et aussi féminines que les gravures de modes dont les médias nous rabâchent les yeux. Avisant de la patrouille qui rentrait à peine prendre une pause je n’aurais pu m’empêcher de vous annoncer que justement, l’une de ces déesses de l’uniforme allait passer la porte du poste dans les prochaines secondes.

 

Il me plait à imaginer que nous avons tous deux regardé par la fenêtre les portes de la voiture s’ouvrir. Que vous avez admiré d’un œil critique et appréciateur la magnifique beauté brune qui en est descendu. Il me plait à l’imaginer grande et élancée. Elle aussi pomponnée et parfumée juste ce qu’il faut. Emmitouflée dans une grosse écharpe de laine noire et gantée de cuir pour luter contre les éléments. Il me plait à imaginer voir un changement dans votre regard. Une teinte respect, voir d’admiration pour cette femme capable de remplir cette tâche qui est la nôtre tout en gardant une apparence aussi soignée.

 

Il me plait à l’imaginer franchir la porte de derrière. Se frappant les épaules de ses mains toujours gantées pour se réchauffer. Se croyait isolée de nous par la cloison de verre elle aurait eu la certitude que nous ne puissions l’entendre lorsqu’elle aurait lancé un tonitruant :

 

-         Putain, ça caille sa race ce matin !

 

Il me plait à penser que nous avons tous deux détourné le regard au même instant pour nous faire face. Je vous aurais bredouillé un « Il ne faut pas se fier à son langage » avant de replonger dans le formulaire. Je vous aurais remis votre exemplaire avant de vous souhaiter une bonne journée. Vous seriez partie avec un léger sourire en coin que je n’aurais pas pu m’empêcher d’imiter.

 

Il me plait à imaginer qu’à mon retour dans le poste, cette Aphrodite enquincaillée m’aurait lancé un « Bein quoi ? » devant ma mine déconfite.

 

Bien à vous, madame, il me plait à penser que vous vous portez comme un charme.

 

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Lundi 10 novembre 2008
Ce texte est un commentaire que j'ai laissée sur le blog de ma maîtresse à penser au sujet d'une demoiselle qui apparemment est prise de convultions si elle n'arrive pas à cracher sur ma profession.

Ca se passe ici.

Cet article n'a pas pour vocation à lancer le débat. Je n'ai ni le temps ni l'envie de répondre à des commentaires enflammés à ce sujet.

Je me suis par contre amusé comme un petit fou à l'écrire, à imaginer à quoi peut ressembler un concours ou on ne recrute que de violents psychopathes dépressifs (ce que nous sommes pour cette jeune fille si j'ai bien tout compris qu'est-ce qu'elle a dit la demoiselle).

Je vous laisse juger.






Ah, ça me rappelle le merveilleux souvenir de mon oral de concours. Pour éviter de m’endormir sur la table pendant l’entretient j’avais pas pris ma boite de Prozac et je suis arrivé légèrement tendu.

 

-         Bonjour jeune homme, qu’ils m’ont dit quand je suis entré.

-         Salut les croulants, que je leur ai balancé.

 

Ils ont pas eu l’air jouasses quand je me suis assis avant de leur demander leur avis. Et quand j’ai mis les grolles sur le burlingue y’a la psy qui faisait la grimace.

 

-         Bon alors, on s’y met ou il faut que je revienne en deuxième semaine ?

 

Ils se sont regardés et ils ont balancé la sauce.

 

-         Imaginons que vous êtes à un poste d’accueil du public. Vous décidez de faire une petite pause café lorsque qu’un homme se présente pour vous demander un renseignement. Que faites vous ?

-         Si c’est un arabe, je lui pète les genoux, ça m’évitera le lui courir après la prochaine fois que je le croise. Si c’est un noir, je lui pète les dents : les miennes sont bouffées  par l’exta, et ça m’énerve de voir les siennes ressortir. Si c’est un blanc je lui dit de s’écraser la raie le temps que j’aille me jeter une vodka.

 

La psy avait l’air outrée, je ne sais pas pourquoi.

 

-         Quel effet cela vous fait-il de porter une arme à feu ?

-         C’est le panar total. Y’a pas un crétin qui la ramène quand tu lui enfonces le soufflant dans les narines.

 

Après ils ont enchaîné.

 

-         Que cherchez vous exactement dans la Police ?

-         Bah, j’ai cru comprendre qu’il y avait moyen de se fournir à des prix défiants toute concurrence si vous voyez ce que je veux dire. (Là j’ai fait tourner le bédo que j’avais dans la poche). Et puis je crache jamais sur une bonne ratonnade. Depuis que mes parents m’ont foutu dehors parce que je prostituais ma petite sœur je me sens capable d’exploser la gueule de tout ce qui remue. Vu que chez vous y’a moyen de me passer les nerfs, je suis venu vous voir.

 

La psy a changé de couleur. Elle devait avoir mangé un truc pas frais. Alors j’ai regardé le patron et je lui ai dit :

 

-         Excusez moi de vous demander pardon m’sieur mais je crois que la greluche va vous dégobiller sur les escarpins. Elle a une tronche de morue pas fraîche.

-         T’inquiète pas gamin, elle est comme ça depuis ce matin. Le seul candidat qu’elle voulait nous refiler c’est un mec qui nous servait du : « Puis-je m’asseoir ? », « Pourriez vous reformuler votre question ? », « Excusez moi mais je n’ai pas bien saisi le sens de vos propos. ». Que des trucs de tarlouse quoi. T’en fais pas, si elle fait chier on va lui en claquer deux sur le coin du museau ça va pas durer. C’est bon tu peux t’en aller on t’enverra les papiers pour l’école de police.

 

Ah quel magnifique souvenir tout de même. Je revois encore les sourires du commandant, du patron et de l’attaché de police. Heureux qu’ils étaient de ressentir la satisfaction du travail bien fait après m’avoir recruté.

 

Et comme la totalité de mes collègues, je suis incapable de second degré (je suis souvent surpris même de savoir lire, la dessus je suis une exception), mon oral de concours c’est donc passé exactement comme ça, à la virgule près.

 




Pour information, c'est exactement le type de question que l'on peut se voir poser dans le cadre d'un oral de concours de gardien de la Paix.
J'ai eu droit aussi à "Comment réagissez vous devant la mort?" ou à "Ne vous semble-t-il pas paradoxal de pouvoir faire de la prévention et de la répression dans la même journée?"
Il n'existe pas de bonne réponse mais il en existe une multitude de mauvaises. Le but étant d'essayer de se faire une idée de la motivation, de l'équilibre et de la maturité du candidat.

Par Jayos - Publié dans : Ceci n'a rien à voir.
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