Jeudi 17 juillet 2008

-         Police Secours, j’écoute.

-         Bonjour, monsieur.

-         Bonjour, madame.

-         Excusez moi de vous déranger, je viens de m’installer dans la région et je fais un répertoire des numéros d’urgence, pourriez vous me donner le numéro du centre anti-poisons s’il vous plait ?

-         Je suis navré madame, je ne l’ai pas sous les yeux actuellement, peut être pourriez vous poser la question au 15, ils seront sûrement à même de vous renseigner.

-         Oh, je ne vais pas aller déranger les urgences de l’hôpital pour si peu.

-         Etes vous consciente, madame, que vous appelez les urgences de la Police ?

-         Ah… Euh… Bon… Je vais me débrouiller autrement merci quand même, au revoir !

-         Je vous en prie, au revoir madame…

Par Jayos - Publié dans : Brève de 17.
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Mardi 15 juillet 2008

Cher petit Mathieu,

 

Je me souviens parfaitement de ton nom comme si c’était hier même si toi et moi savons que ce n’est pas Mathieu. Toi tu ne dois pas connaître le mien. Nous nous sommes rencontrés deux fois. Je pense que tu dois t’en souvenir, au moins de la première. J’avais été envoyé chez toi parce qu’un voisin t’avait entendu appeler au secours.

 

La première chose que j’ai vu en arrivant c’est ta mère. Elle m’a tout de suite fait penser à un Panzer. Elle a ouvert la porte. Elle a gueulé avant même que j’ai pu dire bonjour. Je n’ai compris que deux phrases. « Mon fils est pas mal traité. Vous m’enlèverez pas mon fils ! ». Et elle a essayé de refermer. J’ai mis un grand coup de latte dans la lourde et on est entrés avec le collègue. Rien à foutre du domicile. On n’a pas eu besoin de se consulter, on ne s’est même pas posé de question. Ce que nous cherchions ce n’était pas un char d’assaut hystérique, ce que nous cherchions c’était toi.

 

Bien souvent, il m’est arrivé de rire des situations les plus sordides, dans les trous les plus crasseux, face à des gens les plus improbables. Mais ce jour là je n’ai pas ri. Je n’ai pas ri pendant plusieurs jours d’ailleurs. Putain de chat noir.

 

Tu étais sur le canapé, tu devais avoir sept ou huit ans à cette époque là. Mon collègue a garé le Panzer dans le salon et moi je t’ai emmené avec moi dans la cuisine. On a parlé. Ce qu’on s’est dit tu le sais, je n’ai pas besoin de l’écrire. Tu n’avais pas de marque. Je n’avais pas vraiment d’éléments pour déterminer ce qui s’était passé. Ce n’est pas facile de faire irruption dans la vie des gens et de juger en trente secondes les raisons et les tords de chacun. De juger le résultat de plusieurs années de cohabitation.

 

Même si ce n’est pas moi qui gère la procédure par la suite. Même si ce n’est pas moi qui décide si oui ou non tu resteras chez ta mère. Je ne suis pas plus bête qu’un autre (pas moins non plus). Je sais que la façon dont je vais rendre compte de ce que je vois va influencer la décision de mon O.P.J. Qui lui-même influencera la décision du magistrat. Je sais que pendant les quelques minutes que j’ai passées avec toi dans la cuisine j’ai décidé de ton avenir. Ca n’a pas été une décision facile à prendre. J’ai enragé contre la radio qui ne marchait pas. J’ai pesté contre mon patron qui comprenait rien et qui croyait que j’étais coincé devant la porte.

 

J’ai pris mon téléphone et j’ai appelé directement. Et là, j’ai expliqué ce que je voyais. Ce que tu m’avais dit. Les déductions que je pouvais tirer de tel ou tel détail. J’ai tourné ma sauce à la façon : « on ne peut pas laisser le gamin ici » sans savoir si c’était ce qu’il fallait faire. Et ça a marché. On m’a dit d’embarquer tout le monde et qu’on allait voir tout ça au poulailler.

 

Pas longtemps après je suis revenu chercher ta grande sœur. Elle était avec ton beau père. A partir du moment où la machine était en marche, pas question de la laisser seule avec lui. J’avais pour instruction de le ramener lui aussi. De gré ou de force. On a discuté. Ca le faisait chier de se faire embarquer devant les gens du quartier. Ca me faisait chier de l’embarquer de force devant ta sœur même si j’étais remonté comme une pendule. Alors ils ont marché cinq cent mètres, je les ai suivi avec la voiture et ils sont montés tout tranquillement. Ce n’était pas plus mal.

 

Longtemps après l’heure où j’aurais du être chez moi, j’ai fini ma paperasse. Vous étiez tous les deux dans une salle conçue pour les enfants. Avec une petite table toute branlante et trois bouts de jouets rafistolés. Je suis passé vous dire au revoir.

Quand tu as levé les yeux de ton dessin et que tu m’as dit « J’ai bien fait d’appeler quand même » j’ai failli écraser une larme. J’ai descendu l’escalier avec un remake de Verdun dans le bide.

 

Je vous ai revus quelques mois plus tard au commissariat. Je suis passé devant ta soeur, comme un abruti que je suis, sans la reconnaître (comme quoi je suis doué pour l’observation…) absorbé par je ne sais quelle paperasse. Je l’ai entendu dire à la dame qui l’accompagnait « C’est lui qui est venu chez nous ». Du coup je me suis retourné.

 

L’éducatrice du foyer où vous avez été placés (la dame en question) m’a expliqué que ta sœur revivait depuis qu’elle n’était plus chez votre mère et que tu semblais reprendre du poil de la bête. Alors je suis retourné à mes papiers un peu plus léger.

 

Je t’ai croisé sur les marches du commissariat alors que je repartais en patrouille. Je ne suis pas doué pour parler quand c’est comme ça. Je t’ai demandé si ça allait. Tu m’as fait « oui » de la tête. Je ne savais pas quoi te dire, tu n’étais pas bien causant non plus. Alors comme un gros con je suis remonté en bagnole avec juste un signe de la main. Vraiment pas doué.

 

Je ne sais pas ce que tu deviens mais j’ose espérer que tu te portes mieux.

 

Bien à vous deux, vous le méritez plus que n’importe qui d’autre.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 15 juillet 2008

Cher Maurice,

 

Je sais que tu ne t’appelles pas Maurice. Tu ne sais pas comment je m’appelle. Nous nous sommes très souvent rencontrés. Maurice ça te va bien. Parce que tu pousses le bouchon un peu trop loin ! Et trop souvent surtout. Beaucoup trop souvent. En jargon technique, tu es ce qu’on appelle un biturin. Un poivrot, un alcoolique (pas anonyme). Je ne sais même pas combien de fois j’ai pu te ramasser ivre mort pour que tu ne te fasses dépouiller.

 

Ca a bien du t’arriver pourtant. Une fois, tu étais dans une geôle quand je suis arrivé. Tu portais une jupe et mardi gras ce n’était pas trop ton truc. Une autre fois c’était un sac poubelle qui te servait de pantalon. Parfois, quand tu repartais de chez nous, tu sentais bon la chlorophylle mais il n’y avait rien à faire, tu finissais invariablement par te retrouver au trou. Pour avoir ton identité, il suffisait de tourner la page du registre et de recopier.

 

Un jour, tu ne dois pas t’en souvenir, tu tenais à peine debout, sur le parking de l’hôpital (où on devait te faire passer une visite avant de te faire dégriser) je t’ai aidé à sortir de la voiture en te tenant par le bras. Tu t’es tourné vers moi, tu m’as regardé avec ta bonne tête de poivrot, tu m’a sourit de tout l’éclat de tes deux dents et dans un « merci » approximatif tu m’as soufflé ton haleine au visage. Je suis désolé Maurice, maintenant je peux te l’avouer, ce jour là, c’est moi qui ai vomi sur tes chaussures.

 

Et puis on t’a plus vu pendant un bon moment. On nous a dit que tu étais mort. Même si on t’engueulait quand on te ramassait. Même si parfois, bon ok, souvent, on ne te parlait pas bien, ça nous a fait chier d’apprendre ça. Et toi Maurice, tu le sais que pour nous chagriner il faut y aller un bon moment. Alors du coup, on a bu un coup à ta mémoire. Et pis v’la t’y que t’es revenu d’outre tombe ! T’étais parti en vacances ! Si c’est pas malheureux de faire prendre le chagrin aux gens comme ça. Mais on a quand même été content de te revoir en … j’allais dire en bonne santé … mais on va dire vivant … c’est mieux. Enfin, ça c’était jusqu'à ce qu’on s’aperçoive que tu t’étais oublié dans ton pantalon. Là on était moins content d’un seul coup.

 

Hey Maurice ! Tu te rappelles de ta copine ? Moi j’ai oublié son nom. Ce n’est pas plus mal d’ailleurs de ne pas se rappeler des noms parfois. Par contre, je n’arrive pas à oublier les images, c’est beaucoup moins pratique.

 

On était intervenus chez elle. Vous étiez complètement saouls tous les deux (faut dire, je crois qu’il fallait bien ça pour supporter tout le reste). Elle disait que tu lui avais piqué du fric mais elle était quasiment incompréhensible. Elle nous montrait un billet de cinq euros et criait « Il en a pris deux comme ça ! Cinq cent euros il a pris ! » (ça c’est la version littéraire, la version réelle c’était une autre musique). C’était tellement embrouillé là dedans qu’on a fini par battre en retraite. Un quart d’heure pour réussir à prendre son nom. Et encore on a eu de la chance, elle savait l’épeler.

 

Je vais éviter de parler de l’état de l’appart, il y a des gens qui nous lisent, ils risqueraient de ne pas me croire. Ou pire encore, ils risqueraient de me croire. Tu te rappelles mon collègue, l’ancien ? Celui qui n’arrêtait pas de déconner. En sortant il lui est venu l’idée d’appuyer sur la sonnette. Comme ça, sans raison précise. Ca faisait le bruit d’un vieux téléphone : « dring ! ». Alors il a continué à appuyer à intervalles réguliers en criant : « Téléphone ! » et toi tu as décroché l’interphone.

 

-         Maurice, c’est Fred ! Tu viens boire un coup ? a-t-il balancé en se pinçant le nez pour masquer sa voix.

 

Et toi tu as pris ton manteau et tu es descendu. J’ai bouffé la moitié de mon gant gauche pour essayer de ne pas me marrer mais je n’ai pas réussi. Je sais, c’est comme dans bien des cas, ça parait cruel de rire de la misère des gens comme ça. Mais franchement Maurice, soit on en rie soit on en pleure. Si nous on commence à pleurer, le dernier rempart s’écroule.

 

Enfin mon bon Maurice, vu l’état dans lequel tu étais à cette époque là, tu ne dois plus être avec nous aujourd’hui.

 

Bien à toi si j’ai tord et paix à ton âme si j’ai raison.

 

 

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 15 juillet 2008

Cher mademoiselle,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes rencontré qu’une fois. C’était dans un train. Je le prenais une fois tous les quinze jours quand je faisais mon service pour rentrer passer un « week end » chez mes parents. Généralement, j’étais debout depuis quatre heures du matin et je comatais dans un coin.

 

Ce jour là, je dormais pour de bon. C’est vous qui m’avez réveillé. Lorsque vous avez crié. J’ai jeté un œil dans le couloir central et j’ai vu les perles de votre collier qui tombaient en pluie sur le sol. On venait de vous le casser en vous saisissant le col. Un gredin particulièrement grossier semblait ne pas comprendre ce que « non » signifie et qu’il n’est pas poli d’insister ainsi auprès d’une demoiselle.

 

J’étais encore à moitié endormi et complètement vaseux c’est sûrement pour ça que je n’ai pas cherché à comprendre. Je me suis levé et je me suis approché. Apparemment je devais avoir une sale trogne parce qu’il a reculé en me voyant arriver. C’est là que j’ai vu sa bouteille de bière. C’est là que j’ai vu ses trois copains derrière lui. C’est là que je me suis dit que si lui avait bien bu, moi je risquais de manger chaud si mes talents de diplomate ne suffisaient pas. C’est là que j’ai senti la peur commencer à monter en moi. Et c’est là qu’il était trop tard pour reculer : quand le vin est tiré, il faut le boire.

 

J’ai commencé à discuter. A quatre contre un, même Van Damme il négocie. De toute façon je n’étais pas assez aware pour chercher à faire autre chose. Je ne me souviens plus de ce que j’ai dit. Je ne me souviens plus du temps que ça a duré. Mais ils sont partis dans l’autre sens et ils ont changé de wagon. J’ai eu de la chance.

 

Je vous ai demandé si ça allait, j’ai essayé de vous aider à ramasser vos perles mais je crois que c’était une cause perdue d’avance. Et puis comme un crétin je suis retourné m’asseoir et j’ai fini par me rendormir. Si j’avais été moins timide (et surtout moins bête) je vous aurais demandé votre numéro de téléphone. Comme quoi : on est jeunes, on est cons, mais qu’est ce qu’on est jeunes !

 

Cependant, je voulais vous écrire cette lettre, chère mademoiselle, pour vous remercier. Car figurez vous que deux ans plus tard, je passais le concours de Gardien de la Paix et on m’a demandé de relater le fait qui m’avait rendu le plus fier pendant mon Service National. Et bien grâce à vous j’ai été reçu.

 

J’espère que vous vous portez comme un charme.

 

Bien à vous.

 

P.S. : Suite à cela je me suis acheté une bombe lacrymogène qui a fini par fuir dans mon sac parce que je ne m’en suis jamais servi. Mieux vaut prévenir que de ramasser ses dents !

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Dimanche 6 juillet 2008

Cher Monsieur,

 

Je ne connais pas votre nom et vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés cependant nous nous sommes parlés au téléphone. Je vous adresse ces quelques mots pour vous faire part que vous représentez un vif souvenir dans mon esprit.

 

En effet, nous avons discuté lors de mon premier jour en tant que « standardiste amélioré ». Il était environ 20h30. J’avais la tête particulièrement lourde de cette nouvelle spécificité que je tentais d’apprendre. Beaucoup d’informations à retenir, beaucoup de bruit et beaucoup d’agitation me faisaient fortement penser que je devais me trimbaler une magnifique pastèque bien mûre en lieu et place de ce qui me sert de cafetière habituellement.

 

-         Commissariat de Tataouine les Oies, bonsoir. (Les noms et les lieux ont été modifiés principalement pour m’éviter de me faire taper sur les doigts).

-         Faut y dire qu’elle vienne chez moi ! J’ai de la place pour elle et pis sa fille !

 

Vous avez, monsieur, je dois bien l’avouer, un magnifique accent « bein d’cheux nous » comme on dit par là bas. Je dois également avouer, qu’à ce moment de notre conversation je faisais mentalement le tour de mes collègues pour savoir lequel d’entre eux avait décidé de me faire un bizutage maison. Mais comme tout flic qui se respecte, je ne possède pas la moindre ébauche de sens de l’humour. Je vous ai donc demandé sur un ton parfaitement formaté et robotisé de bien vouloir reformuler votre demande.

 

-         Bah oui ! La dame aux informations ! Faut y dire que j’ai de la place chez moi pour elle et pis pour sa fille !

 

Je ne saurais reproduire mot pour mot notre conversation. Déjà les quelques bribes que j’ai retranscrites plus haut se perdent dans les brumes de ma mémoire et j’ai bien peur de ne les avoir soumises à une forte interprétation. Cependant, je suis parfaitement sûr du sens général de ce que vous m’avez dit.

 

Regardant, comme tous les soirs, le journal de vingt heures, vous avez été parfaitement indigné de voir, au cours d’un reportage, une mère célibataire, dépourvue de logement et contrainte de vivre dans la rue avec sa fille en bas âge. N’écoutant que votre grand cœur, vous avez, ni une ni deux, décroché votre téléphone pour appeler les services de secours (moi, donc) et vous êtes porté volontaire pour héberger gracieusement cette dame et son enfant puisque vous en aviez largement la place.

 

Une fois la surprise passée, ainsi qu’une quasi irrépressible envie de rire, ne sachant trop quoi vous répondre je vous ai promis de faire passer le message dès que j’en aurais l’occasion. Etant déjà fortement aviné, vous avez raccroché avec la satisfaisante certitude d’avoir accompli une bonne action (je préfère ne pas tenir compte des autres motivations possibles que certains individus moins biens intentionnés que vous auraient pu avoir).

 

Je me suis, bien évidemment, empressé de raconter cela à mes chers collègues et me suis vu répondre ma propre phrase fétiche (bande de copieurs) : « Bienvenue dans la Police ! ».

 

Je souhaitais donc vous remercier, mon cher monsieur, pour l’un de mes plus beaux fous rires.

 

Bien à vous.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 1 juillet 2008

Chère Madame,

 

Je ne me souviens plus de votre nom et vous ne connaissez pas le mien. Nous nous sommes pourtant rencontrés. Peut être même vous souvenez vous de moi. C’était un matin, vers onze heures. J’achevais mon tout premier cycle de travail en tant que policier professionnel (excusez du peu). Je patrouillais avec un ancien, un des tous meilleurs flics que j’ai eu l’occasion de côtoyer jusqu’à présent. On nous avait donné un pli à déposer dans la cité du coin.

 

-         Reste dans la voiture, je vais jusqu’aux boîtes aux lettres et je reviens, m’a dit mon collègue.

 

Je me suis empressé de ne rien faire pour lui obéir. Cependant, je vous ai remarquée. Vous vous teniez devant l’entrée du hall d’immeuble voisin. Grande, black comme on dit par là bas, bottes noires montantes et manteau de fourrure. Vous me regardiez (en tout cas la voiture) tout en faisant semblant de ne pas me regarder. Ce qui n’est pas du tout facile à faire et ce qui attire l’attention d’un flic à cent kilomètres à la ronde à coup sûr. Vous vous teniez une main dans un foulard de couleurs vives et vous vous approchiez tout en faisant semblant de ne pas vous approcher, ce qui est encore plus dur à faire.

 

Lorsque mon collègue est ressorti, il vous a tout de suite repéré. Je le soupçonne même de vous avoir repéré avant d’entrer. Autrement dit, bien plus tôt que moi. Vous l’avez abordé et vous avez commencé à discuter. Je n’entendais pas ce que vous vous disiez mais je suis quand même descendu de voiture. Au cas ou, comme on dit.

 

Là, j’ai rattrapé la conversation au vol. Vous demandiez le chemin de la gare. Et mon collègue de s’approcher de vous en pointant le bout de la rue du doigt. Je me souviens m’être dit que la gare n’était pas du tout dans cette direction là. Bien sûr, mon collègue le savait mais il voulait que vous vous retourniez pour pouvoir vous subtiliser le couteau de cuisine qui dépassait de votre poche. Celui que je n’avais pas remarqué, vu que je ne voyais pas cette poche de là d’où j’étais (Il est balaise mon collègue, hein ?).

 

Il a fourré le couteau dans la voiture par la vitre ouverte et il a recommencé à discuter comme si de rien était en vous demandant si vous étiez blessée à la main. Ce n’était pas le cas et je n’ai toujours pas compris à ce jour pourquoi vous l’enveloppiez. Il vous a aussi demandé d’ouvrir votre manteau pour être sûr qu’il n’y avait rien d’autre. Une chose est sûre, le tissu était cher cette année là et vous n’aviez pas beaucoup de moyens.

 

Au bout d’un moment, nous sommes remonté dans la voiture. Enfin, l’ancien est remonté et j’ai fait pareil sans vraiment comprendre (tais toi et apprends petit, c’est comme ça qu’on devient grand). Il nous a conduit un peu plus loin, nous nous sommes garés et nous vous avons observé.

 

-         Tu as vu que c’était un homme ? me fit mon collègue.

-         Hein ?! répondis-je en bon campagnard.

-         Il est mal rasé là. Et de me montrer la base de sa gorge.

 

Je tombais des nues ! Il était plutôt belle femme en plus ! Comme quoi, quand on sort de son trou de verdure, il ne faut pas se promener à la ville tout seul au début, sinon il peut vous arriver des bricoles.

 

Au bout d’un moment l’ancien me fait :

 

-         Mais il racole ?!

 

Et il redémarre et nous dirige vers vous. En effet madame (vu le mal que vous vous donniez pour qu’on vous appelle madame, je vais continuer. Surtout que moi je n’y ai vu que du feu.), se pencher ostensiblement devant les automobilistes arrêté au feu en ouvrant votre manteau pour leur faire admirer les beautés du relief ce n’est pas recommandé à côté d’une école primaire.

 

Nous sommes revenus vous parler. Nous vous avons dit que nous avions décidé de vous emmener à la gare, histoire que vous ne vous perdiez pas. Mais que comme vous montiez dans une voiture de police il vous fallait porter les menottes. C’était le règlement. Vous n’aviez rien à craindre, nous vous les aurions enlevées sitôt arrivés à la gare. Sauf que c’est au commissariat que nous vous les avons enlevées.

 

Je sais ce que vous vous dites. C’est petit, mesquin et c’est un mensonge. Et vous avez parfaitement raison. A côté de cela, si on me donne le choix entre faire gober un bobard ou finir par un pugila avec un travesti en plein milieu de la cité à l’heure de la sortie des classes. J’aime autant ne pas me salir.

 

Une fois au commissariat, c’est posé un épineux problème, quant à la fouille, que mon collègue a parfaitement résumé en une phrase :

 

-         Alors m’sieur dame, vous êtes un monsieur ou une dame ?

 

Ce à quoi vous avez répondu que vous étiez une femme. Donc vous avez été fouillée par mes collègues féminines qui vous ont maudites par la suite. C’est pas beau de mentir (on appelle ça la réponse du berger à la bergère par chez moi). Mes petites camarades, toutes bien jolies et bien habillées, sont ressorties vertes mais pas de jalousie.

 

De notre côté, nous avons fait tout un tas de papiers et vous êtes officiellement devenue ma première interpellation en tant que Gardien de la Paix. Je sais que vous allez me dire que j’aurais mieux fait, sinon d’aller prendre contact avec la population masculine grecque, au moins de m’attaquer aux voleurs de banques et aux agresseurs de mamies. Ce à quoi je répondrai que je ne répondrai pas parce que je n’ai vraiment pas envie d’entrer dans ce genre de débat avec vous (d’autant que le temps que la lettre arrive, il va être froid, le débat).

 

J’avais fini mon cycle, je suis rentré chez moi pour mes deux jours de « week end » (en pleine milieu de semaine) et je suis revenu travailler après. J’ai appris que vous ne vous étiez pas bien comportée du tout pendant votre garde à vue. Tant et si bien que vous avez fini dans un hôpital psychiatrique.

 

Moi de mon côté je me suis retrouvé (au combien enchanté) en garde statique à l’hôpital. Je surveillais un détenu suicidaire qui a lui aussi fini en hôpital psychiatrique. Moi qui pensais ne plus jamais vous revoir, voilà que je me retrouve nez à nez avec vous au détour d’un couloir. Si je puis me permettre, en peignoir et sans le maquillage, ça surprend.

 

Vous m’avez demandé je ne sais plus quoi. Je vous ai écrit la réponse sur un bout de papier pour que vous ne l’oubliiez pas et nous ne nous sommes jamais revus.

 

Pourquoi toute cette histoire ennuyeuse à mourir me direz vous ? Ou peut être ne me le direz vous pas, elle vous concerne un peu aussi quand même. Et bien, c’est à cause de vous qu’on a commencé à m’appeler le chat noir, le porte poisse. Et je vous dois une réputation qui, même si elle quelque peu justifiée, ne m’a plus lâchée depuis plus de huit ans.

 

Bien à vous chère madame, où que vous soyez.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Jeudi 26 juin 2008

Cher Demoiselle,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien : nous ne nous sommes jamais rencontrés (même si, la suite vous le dira, ce n’eût pas été pour me déplaire).

 

Etant à ce moment là sous les drapeaux mais déjà dans la police. Par une belle après midi ensoleillée, je patrouillais avec mon chef. Jeune, sympa, très professionnel, il se jetait, comme la misère sur le bas peuple, sur tout ce qui lui semblait suspect de près ou de loin. Il faut dire que,  le pauvre, on l’empêchait de prendre l’air en permanence et, lorsqu’une occasion (bien trop rare à son goût) se présentait, il s’en donnait à cœur joie.

 

Nous étions donc dans une rue piétonne très fréquentée, affairés à contrôler un scooter. Il faisait beau, les riverains avaient ouvert leurs fenêtres. Lorsque tout à coup, j’ai entendu un cri en provenance de l’une d’elles. Mon sang de jeune chevalier sans peur et sans reproche refoulé n’a fait qu’un tour et l’espace d’un instant, j’ai voulu me précipiter au secours de la damoiselle en détresse.

 

L’espace d’un instant seulement, car dès le deuxième cri, j’ai très vite compris que ce n’était pas les secours qu’elle appelait. Elle n’appelait d’ailleurs personne mais manifestait, un peu bruyamment il faut bien l’avouer, son contentement de se trouver en charmante compagnie.

 

N’y prêtant aucune attention, je me suis tourné vers mon chef, qui, toujours extrêmement professionnel, faisait le tour de la pétrolette avec l’œil de l’aigle en chasse. L’incident eût pu être clos si vous, chère demoiselle, (car, oui, c’est bien de vous qu’il s’agît ne faites pas l’innocente) n’aviez la ferme intention de faire connaître la chance qui était la vôtre à tout vos voisins. Voir peut-être à toute la rue. Si je dis à toute la ville j’exagère mais la rue, même entière, me parait restreinte.

 

Le jeune « Hell’s Angel » (je devais bien avoir quatre ans de plus que lui alors respect !) me regarda alors en souriant légèrement. Mon chef n’ayant toujours rien remarqué, je me suis courageusement empressé de détourner le regard et de me mettre en chasse du rictus qui déformait ma bouche. Il faut que je vous l’avoue, je suis un piètre chasseur.

 

L’incident eût pu être à nouveau clos si, me tirant par la manche, une vieille dame ne m’avait dit : « Dites donc, vous croyez pas qu’elle a besoin d’aide ? Faudrait peut-être y aller ? » Vous ne pouvez imaginer, chère demoiselle, la torture que vous m’avez infligé sans même en avoir conscience. Je ne sais par quel miracle j’ai pu répondre sans exploser de rire que vous sembliez très bien vous en sortir et que notre aide eût été superflue.

 

Une fois le contrôle terminé, comme on dit dans la police, nous avons plié les gaules (sans mauvais jeu de mot) et sommes repartis à la chasse au gredin. Extasié par la maîtrise de mon chef, je n’ai pu m’empêcher de lui demander comment il avait fait pour ne pas rire en entendant vos cris.

 

-         Quels cris ? m’a-t-il répondu.

 

Bien à vous, chère demoiselle. Puissiez vous faire un heureux.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Jeudi 26 juin 2008

Chère Madame,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas non plus le mien : nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je tiens cependant par ces quelques mots à vous présenter mes plus humbles excuses. « Pourquoi donc jeune homme ? » me direz-vous ou peut-être ne le direz vous pas : je n’ai aucune idée de la façon dont vous vous exprimez.

 

Et bien, rappelez vous, un jour, vous promeniez vos chiens. Deux petits yorkshires que j’imagine très doux et très affectueux lorsque vous avez croisé l’un de mes collègues. Pour être plus exact, c’est lui qui vous a croisé, à la poursuite qu’il était de je ne sais quel gredin. Tout à sa galopante entreprise, il n’a pas fait attention à vous. S’est pris les pieds dans l’une de vos laisses et a chût, je suppose assez lourdement. Avec un mot d’excuse, il s’est précipitamment relevé et a repris sa course.

 

Il n’a compris l’étendue de cet accrochage que quelques heures plus tard, lorsque vous vous êtes présentée au commissariat en déplorant que sa chute ait entraîné la mort d’un de vos petits compagnons sur lequel il était tombé.

 

Tout d’abord, je tiens à vous exprimer ma plus sincère sympathie. Je tiens également à vous présenter mes plus basses excuses pour avoir éclaté de rire lorsque cette histoire me fut contée. Je suis parfaitement conscient de la douleur que cette perte a du vous infliger. Je suis également parfaitement conscient de la cruauté de ma réaction que, je présume, vous ne devez pas comprendre ni accepter comme il doit en être le cas pour beaucoup de nos concitoyens.

 

Cependant, je ne pourrai jamais suffisamment m’excuser car, même à ce jour, plusieurs années plus tard, je ne peux m’empêcher de sourire en y pensant.

 

Bien à vous.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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