Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /Juil /2008 05:44

Cher Monsieur,

 

Je ne connais pas votre nom et vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés cependant nous nous sommes parlés au téléphone. Je vous adresse ces quelques mots pour vous faire part que vous représentez un vif souvenir dans mon esprit.

 

En effet, nous avons discuté lors de mon premier jour en tant que « standardiste amélioré ». Il était environ 20h30. J’avais la tête particulièrement lourde de cette nouvelle spécificité que je tentais d’apprendre. Beaucoup d’informations à retenir, beaucoup de bruit et beaucoup d’agitation me faisaient fortement penser que je devais me trimbaler une magnifique pastèque bien mûre en lieu et place de ce qui me sert de cafetière habituellement.

 

-         Commissariat de Tataouine les Oies, bonsoir. (Les noms et les lieux ont été modifiés principalement pour m’éviter de me faire taper sur les doigts).

-         Faut y dire qu’elle vienne chez moi ! J’ai de la place pour elle et pis sa fille !

 

Vous avez, monsieur, je dois bien l’avouer, un magnifique accent « bein d’cheux nous » comme on dit par là bas. Je dois également avouer, qu’à ce moment de notre conversation je faisais mentalement le tour de mes collègues pour savoir lequel d’entre eux avait décidé de me faire un bizutage maison. Mais comme tout flic qui se respecte, je ne possède pas la moindre ébauche de sens de l’humour. Je vous ai donc demandé sur un ton parfaitement formaté et robotisé de bien vouloir reformuler votre demande.

 

-         Bah oui ! La dame aux informations ! Faut y dire que j’ai de la place chez moi pour elle et pis pour sa fille !

 

Je ne saurais reproduire mot pour mot notre conversation. Déjà les quelques bribes que j’ai retranscrites plus haut se perdent dans les brumes de ma mémoire et j’ai bien peur de ne les avoir soumises à une forte interprétation. Cependant, je suis parfaitement sûr du sens général de ce que vous m’avez dit.

 

Regardant, comme tous les soirs, le journal de vingt heures, vous avez été parfaitement indigné de voir, au cours d’un reportage, une mère célibataire, dépourvue de logement et contrainte de vivre dans la rue avec sa fille en bas âge. N’écoutant que votre grand cœur, vous avez, ni une ni deux, décroché votre téléphone pour appeler les services de secours (moi, donc) et vous êtes porté volontaire pour héberger gracieusement cette dame et son enfant puisque vous en aviez largement la place.

 

Une fois la surprise passée, ainsi qu’une quasi irrépressible envie de rire, ne sachant trop quoi vous répondre je vous ai promis de faire passer le message dès que j’en aurais l’occasion. Etant déjà fortement aviné, vous avez raccroché avec la satisfaisante certitude d’avoir accompli une bonne action (je préfère ne pas tenir compte des autres motivations possibles que certains individus moins biens intentionnés que vous auraient pu avoir).

 

Je me suis, bien évidemment, empressé de raconter cela à mes chers collègues et me suis vu répondre ma propre phrase fétiche (bande de copieurs) : « Bienvenue dans la Police ! ».

 

Je souhaitais donc vous remercier, mon cher monsieur, pour l’un de mes plus beaux fous rires.

 

Bien à vous.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Mardi 1 juillet 2008 2 01 /07 /Juil /2008 17:33

Chère Madame,

 

Je ne me souviens plus de votre nom et vous ne connaissez pas le mien. Nous nous sommes pourtant rencontrés. Peut être même vous souvenez vous de moi. C’était un matin, vers onze heures. J’achevais mon tout premier cycle de travail en tant que policier professionnel (excusez du peu). Je patrouillais avec un ancien, un des tous meilleurs flics que j’ai eu l’occasion de côtoyer jusqu’à présent. On nous avait donné un pli à déposer dans la cité du coin.

 

-         Reste dans la voiture, je vais jusqu’aux boîtes aux lettres et je reviens, m’a dit mon collègue.

 

Je me suis empressé de ne rien faire pour lui obéir. Cependant, je vous ai remarquée. Vous vous teniez devant l’entrée du hall d’immeuble voisin. Grande, black comme on dit par là bas, bottes noires montantes et manteau de fourrure. Vous me regardiez (en tout cas la voiture) tout en faisant semblant de ne pas me regarder. Ce qui n’est pas du tout facile à faire et ce qui attire l’attention d’un flic à cent kilomètres à la ronde à coup sûr. Vous vous teniez une main dans un foulard de couleurs vives et vous vous approchiez tout en faisant semblant de ne pas vous approcher, ce qui est encore plus dur à faire.

 

Lorsque mon collègue est ressorti, il vous a tout de suite repéré. Je le soupçonne même de vous avoir repéré avant d’entrer. Autrement dit, bien plus tôt que moi. Vous l’avez abordé et vous avez commencé à discuter. Je n’entendais pas ce que vous vous disiez mais je suis quand même descendu de voiture. Au cas ou, comme on dit.

 

Là, j’ai rattrapé la conversation au vol. Vous demandiez le chemin de la gare. Et mon collègue de s’approcher de vous en pointant le bout de la rue du doigt. Je me souviens m’être dit que la gare n’était pas du tout dans cette direction là. Bien sûr, mon collègue le savait mais il voulait que vous vous retourniez pour pouvoir vous subtiliser le couteau de cuisine qui dépassait de votre poche. Celui que je n’avais pas remarqué, vu que je ne voyais pas cette poche de là d’où j’étais (Il est balaise mon collègue, hein ?).

 

Il a fourré le couteau dans la voiture par la vitre ouverte et il a recommencé à discuter comme si de rien était en vous demandant si vous étiez blessée à la main. Ce n’était pas le cas et je n’ai toujours pas compris à ce jour pourquoi vous l’enveloppiez. Il vous a aussi demandé d’ouvrir votre manteau pour être sûr qu’il n’y avait rien d’autre. Une chose est sûre, le tissu était cher cette année là et vous n’aviez pas beaucoup de moyens.

 

Au bout d’un moment, nous sommes remonté dans la voiture. Enfin, l’ancien est remonté et j’ai fait pareil sans vraiment comprendre (tais toi et apprends petit, c’est comme ça qu’on devient grand). Il nous a conduit un peu plus loin, nous nous sommes garés et nous vous avons observé.

 

-         Tu as vu que c’était un homme ? me fit mon collègue.

-         Hein ?! répondis-je en bon campagnard.

-         Il est mal rasé là. Et de me montrer la base de sa gorge.

 

Je tombais des nues ! Il était plutôt belle femme en plus ! Comme quoi, quand on sort de son trou de verdure, il ne faut pas se promener à la ville tout seul au début, sinon il peut vous arriver des bricoles.

 

Au bout d’un moment l’ancien me fait :

 

-         Mais il racole ?!

 

Et il redémarre et nous dirige vers vous. En effet madame (vu le mal que vous vous donniez pour qu’on vous appelle madame, je vais continuer. Surtout que moi je n’y ai vu que du feu.), se pencher ostensiblement devant les automobilistes arrêté au feu en ouvrant votre manteau pour leur faire admirer les beautés du relief ce n’est pas recommandé à côté d’une école primaire.

 

Nous sommes revenus vous parler. Nous vous avons dit que nous avions décidé de vous emmener à la gare, histoire que vous ne vous perdiez pas. Mais que comme vous montiez dans une voiture de police il vous fallait porter les menottes. C’était le règlement. Vous n’aviez rien à craindre, nous vous les aurions enlevées sitôt arrivés à la gare. Sauf que c’est au commissariat que nous vous les avons enlevées.

 

Je sais ce que vous vous dites. C’est petit, mesquin et c’est un mensonge. Et vous avez parfaitement raison. A côté de cela, si on me donne le choix entre faire gober un bobard ou finir par un pugila avec un travesti en plein milieu de la cité à l’heure de la sortie des classes. J’aime autant ne pas me salir.

 

Une fois au commissariat, c’est posé un épineux problème, quant à la fouille, que mon collègue a parfaitement résumé en une phrase :

 

-         Alors m’sieur dame, vous êtes un monsieur ou une dame ?

 

Ce à quoi vous avez répondu que vous étiez une femme. Donc vous avez été fouillée par mes collègues féminines qui vous ont maudites par la suite. C’est pas beau de mentir (on appelle ça la réponse du berger à la bergère par chez moi). Mes petites camarades, toutes bien jolies et bien habillées, sont ressorties vertes mais pas de jalousie.

 

De notre côté, nous avons fait tout un tas de papiers et vous êtes officiellement devenue ma première interpellation en tant que Gardien de la Paix. Je sais que vous allez me dire que j’aurais mieux fait, sinon d’aller prendre contact avec la population masculine grecque, au moins de m’attaquer aux voleurs de banques et aux agresseurs de mamies. Ce à quoi je répondrai que je ne répondrai pas parce que je n’ai vraiment pas envie d’entrer dans ce genre de débat avec vous (d’autant que le temps que la lettre arrive, il va être froid, le débat).

 

J’avais fini mon cycle, je suis rentré chez moi pour mes deux jours de « week end » (en pleine milieu de semaine) et je suis revenu travailler après. J’ai appris que vous ne vous étiez pas bien comportée du tout pendant votre garde à vue. Tant et si bien que vous avez fini dans un hôpital psychiatrique.

 

Moi de mon côté je me suis retrouvé (au combien enchanté) en garde statique à l’hôpital. Je surveillais un détenu suicidaire qui a lui aussi fini en hôpital psychiatrique. Moi qui pensais ne plus jamais vous revoir, voilà que je me retrouve nez à nez avec vous au détour d’un couloir. Si je puis me permettre, en peignoir et sans le maquillage, ça surprend.

 

Vous m’avez demandé je ne sais plus quoi. Je vous ai écrit la réponse sur un bout de papier pour que vous ne l’oubliiez pas et nous ne nous sommes jamais revus.

 

Pourquoi toute cette histoire ennuyeuse à mourir me direz vous ? Ou peut être ne me le direz vous pas, elle vous concerne un peu aussi quand même. Et bien, c’est à cause de vous qu’on a commencé à m’appeler le chat noir, le porte poisse. Et je vous dois une réputation qui, même si elle quelque peu justifiée, ne m’a plus lâchée depuis plus de huit ans.

 

Bien à vous chère madame, où que vous soyez.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 11:51

Cher Demoiselle,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien : nous ne nous sommes jamais rencontrés (même si, la suite vous le dira, ce n’eût pas été pour me déplaire).

 

Etant à ce moment là sous les drapeaux mais déjà dans la police. Par une belle après midi ensoleillée, je patrouillais avec mon chef. Jeune, sympa, très professionnel, il se jetait, comme la misère sur le bas peuple, sur tout ce qui lui semblait suspect de près ou de loin. Il faut dire que,  le pauvre, on l’empêchait de prendre l’air en permanence et, lorsqu’une occasion (bien trop rare à son goût) se présentait, il s’en donnait à cœur joie.

 

Nous étions donc dans une rue piétonne très fréquentée, affairés à contrôler un scooter. Il faisait beau, les riverains avaient ouvert leurs fenêtres. Lorsque tout à coup, j’ai entendu un cri en provenance de l’une d’elles. Mon sang de jeune chevalier sans peur et sans reproche refoulé n’a fait qu’un tour et l’espace d’un instant, j’ai voulu me précipiter au secours de la damoiselle en détresse.

 

L’espace d’un instant seulement, car dès le deuxième cri, j’ai très vite compris que ce n’était pas les secours qu’elle appelait. Elle n’appelait d’ailleurs personne mais manifestait, un peu bruyamment il faut bien l’avouer, son contentement de se trouver en charmante compagnie.

 

N’y prêtant aucune attention, je me suis tourné vers mon chef, qui, toujours extrêmement professionnel, faisait le tour de la pétrolette avec l’œil de l’aigle en chasse. L’incident eût pu être clos si vous, chère demoiselle, (car, oui, c’est bien de vous qu’il s’agît ne faites pas l’innocente) n’aviez la ferme intention de faire connaître la chance qui était la vôtre à tout vos voisins. Voir peut-être à toute la rue. Si je dis à toute la ville j’exagère mais la rue, même entière, me parait restreinte.

 

Le jeune « Hell’s Angel » (je devais bien avoir quatre ans de plus que lui alors respect !) me regarda alors en souriant légèrement. Mon chef n’ayant toujours rien remarqué, je me suis courageusement empressé de détourner le regard et de me mettre en chasse du rictus qui déformait ma bouche. Il faut que je vous l’avoue, je suis un piètre chasseur.

 

L’incident eût pu être à nouveau clos si, me tirant par la manche, une vieille dame ne m’avait dit : « Dites donc, vous croyez pas qu’elle a besoin d’aide ? Faudrait peut-être y aller ? » Vous ne pouvez imaginer, chère demoiselle, la torture que vous m’avez infligé sans même en avoir conscience. Je ne sais par quel miracle j’ai pu répondre sans exploser de rire que vous sembliez très bien vous en sortir et que notre aide eût été superflue.

 

Une fois le contrôle terminé, comme on dit dans la police, nous avons plié les gaules (sans mauvais jeu de mot) et sommes repartis à la chasse au gredin. Extasié par la maîtrise de mon chef, je n’ai pu m’empêcher de lui demander comment il avait fait pour ne pas rire en entendant vos cris.

 

-         Quels cris ? m’a-t-il répondu.

 

Bien à vous, chère demoiselle. Puissiez vous faire un heureux.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 11:48

Chère Madame,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas non plus le mien : nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je tiens cependant par ces quelques mots à vous présenter mes plus humbles excuses. « Pourquoi donc jeune homme ? » me direz-vous ou peut-être ne le direz vous pas : je n’ai aucune idée de la façon dont vous vous exprimez.

 

Et bien, rappelez vous, un jour, vous promeniez vos chiens. Deux petits yorkshires que j’imagine très doux et très affectueux lorsque vous avez croisé l’un de mes collègues. Pour être plus exact, c’est lui qui vous a croisé, à la poursuite qu’il était de je ne sais quel gredin. Tout à sa galopante entreprise, il n’a pas fait attention à vous. S’est pris les pieds dans l’une de vos laisses et a chût, je suppose assez lourdement. Avec un mot d’excuse, il s’est précipitamment relevé et a repris sa course.

 

Il n’a compris l’étendue de cet accrochage que quelques heures plus tard, lorsque vous vous êtes présentée au commissariat en déplorant que sa chute ait entraîné la mort d’un de vos petits compagnons sur lequel il était tombé.

 

Tout d’abord, je tiens à vous exprimer ma plus sincère sympathie. Je tiens également à vous présenter mes plus basses excuses pour avoir éclaté de rire lorsque cette histoire me fut contée. Je suis parfaitement conscient de la douleur que cette perte a du vous infliger. Je suis également parfaitement conscient de la cruauté de ma réaction que, je présume, vous ne devez pas comprendre ni accepter comme il doit en être le cas pour beaucoup de nos concitoyens.

 

Cependant, je ne pourrai jamais suffisamment m’excuser car, même à ce jour, plusieurs années plus tard, je ne peux m’empêcher de sourire en y pensant.

 

Bien à vous.

Par Jayos - Publié dans : Les lettres de mon Flicard
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