Le Journal de 20 heures.

Publié le par Jayos

Cher Monsieur,

 

Je ne connais pas votre nom et vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés cependant nous nous sommes parlés au téléphone. Je vous adresse ces quelques mots pour vous faire part que vous représentez un vif souvenir dans mon esprit.

 

En effet, nous avons discuté lors de mon premier jour en tant que « standardiste amélioré ». Il était environ 20h30. J’avais la tête particulièrement lourde de cette nouvelle spécificité que je tentais d’apprendre. Beaucoup d’informations à retenir, beaucoup de bruit et beaucoup d’agitation me faisaient fortement penser que je devais me trimbaler une magnifique pastèque bien mûre en lieu et place de ce qui me sert de cafetière habituellement.

 

-         Commissariat de Tataouine les Oies, bonsoir. (Les noms et les lieux ont été modifiés principalement pour m’éviter de me faire taper sur les doigts).

-         Faut y dire qu’elle vienne chez moi ! J’ai de la place pour elle et pis sa fille !

 

Vous avez, monsieur, je dois bien l’avouer, un magnifique accent « bein d’cheux nous » comme on dit par là bas. Je dois également avouer, qu’à ce moment de notre conversation je faisais mentalement le tour de mes collègues pour savoir lequel d’entre eux avait décidé de me faire un bizutage maison. Mais comme tout flic qui se respecte, je ne possède pas la moindre ébauche de sens de l’humour. Je vous ai donc demandé sur un ton parfaitement formaté et robotisé de bien vouloir reformuler votre demande.

 

-         Bah oui ! La dame aux informations ! Faut y dire que j’ai de la place chez moi pour elle et pis pour sa fille !

 

Je ne saurais reproduire mot pour mot notre conversation. Déjà les quelques bribes que j’ai retranscrites plus haut se perdent dans les brumes de ma mémoire et j’ai bien peur de ne les avoir soumises à une forte interprétation. Cependant, je suis parfaitement sûr du sens général de ce que vous m’avez dit.

 

Regardant, comme tous les soirs, le journal de vingt heures, vous avez été parfaitement indigné de voir, au cours d’un reportage, une mère célibataire, dépourvue de logement et contrainte de vivre dans la rue avec sa fille en bas âge. N’écoutant que votre grand cœur, vous avez, ni une ni deux, décroché votre téléphone pour appeler les services de secours (moi, donc) et vous êtes porté volontaire pour héberger gracieusement cette dame et son enfant puisque vous en aviez largement la place.

 

Une fois la surprise passée, ainsi qu’une quasi irrépressible envie de rire, ne sachant trop quoi vous répondre je vous ai promis de faire passer le message dès que j’en aurais l’occasion. Etant déjà fortement aviné, vous avez raccroché avec la satisfaisante certitude d’avoir accompli une bonne action (je préfère ne pas tenir compte des autres motivations possibles que certains individus moins biens intentionnés que vous auraient pu avoir).

 

Je me suis, bien évidemment, empressé de raconter cela à mes chers collègues et me suis vu répondre ma propre phrase fétiche (bande de copieurs) : « Bienvenue dans la Police ! ».

 

Je souhaitais donc vous remercier, mon cher monsieur, pour l’un de mes plus beaux fous rires.

 

Bien à vous.

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