Bimbo Attitude

Publié le par Jayos

Chère Madame,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous êtes l’objet d’une histoire qui m’a été rapporté et que j’ai décidé de reprendre à mon compte. Non par vanité mais parce que je trouve plus aisé d’agir ainsi et aussi parce que comme c’est moi écris, je fais un petit peu ce que je veux (non mais oh).

 

C’était un dimanche matin. Pas trop tôt. Pas trop tard non plus. A l’heure où les braves gens s’en vont acheter leur pain. Il faisait froid et il me plait à penser que l’hiver avait imposé sa marque immaculée sur la région. J’étais Chef de Poste, pour une fois inoccupé et plongé dans la lecture d’un de ces romans que j’affectionne tant et qui, faute d’être culturels, ont au moins le mérite de grandement me divertir. J’étais au chaud, au calme. La radio crachotait de temps à autre mais je n’y prêtais qu’une oreille distraite. La pendule au dessus de ma tête égrainait les secondes avec un cliquetis régulier. J’étais bien, envahi de cette demie torpeur qui vous saisi à ces heures là quand vous vous êtes levé très tôt.

 

Il me plait à imaginer que vous êtes entrée sans un bruit. Que vous aviez un certain âge sans pour autant laisser entrevoir la fin du voyage. Que vous étiez pomponnée, parfumée et vêtue d’un joli manteau de fourrure (synthétique, c’est moi qui imagine après tout). J’aurais été surpris de vous voir en levant le nez de mon livre. Vous m’auriez semblé déplacée, toute soignée au milieu de ce décor usagé, devant ce papier peint râpé par le temps et sous cette peinture noircie d’avoir trop vécu.

 

Je vous aurais salué, vous en auriez fait de même et m’auriez expliqué que vous aviez perdu votre carte d’identité. J’aurais fait le tour du bafflant et serais venu chercher à l’accueil le formulaire adéquat. Car voyez vous, à force de nous promettre d’augmenter nos effectifs, on en fini à faire seul le travail de trois ou quatre personnes. Mais qu’à cela ne tienne. Vous me parliez agréablement et ce jour là je n’étais pas débordé.

 

Tout en remplissant ces cases que je connais par cœur, nous aurions commencé à discuter. De tout et de rien, comme il sied à deux personnes civilisées. Chemin faisait, notre conversation serait arrivée sur le sujet de mes collègues féminines. Comme elles étaient courageuses de faire un métier qu’on qualifie souvent de masculin. Qu’elles devaient avoir un certain caractère pour êtres capables de s’imposer aussi bien dans le commissariat qu’à l’extérieur. Qu’au final, elles ne devaient peut être pas être si féminines. Un lieu commun que je n’ai pas l’habitude d’entendre, n’étant pas directement concerné, mais dont mes chères collègues en jupon (à leurs heures) doivent avoir les oreilles remplies à longueur de temps.

 

Il me plait à imaginer que je me serais insurgé (courtoisement, bien entendu). Argumentant que nombreuses d’entre elles étaient tout aussi jolies et aussi féminines que les gravures de modes dont les médias nous rabâchent les yeux. Avisant de la patrouille qui rentrait à peine prendre une pause je n’aurais pu m’empêcher de vous annoncer que justement, l’une de ces déesses de l’uniforme allait passer la porte du poste dans les prochaines secondes.

 

Il me plait à imaginer que nous avons tous deux regardé par la fenêtre les portes de la voiture s’ouvrir. Que vous avez admiré d’un œil critique et appréciateur la magnifique beauté brune qui en est descendu. Il me plait à l’imaginer grande et élancée. Elle aussi pomponnée et parfumée juste ce qu’il faut. Emmitouflée dans une grosse écharpe de laine noire et gantée de cuir pour luter contre les éléments. Il me plait à imaginer voir un changement dans votre regard. Une teinte respect, voir d’admiration pour cette femme capable de remplir cette tâche qui est la nôtre tout en gardant une apparence aussi soignée.

 

Il me plait à l’imaginer franchir la porte de derrière. Se frappant les épaules de ses mains toujours gantées pour se réchauffer. Se croyait isolée de nous par la cloison de verre elle aurait eu la certitude que nous ne puissions l’entendre lorsqu’elle aurait lancé un tonitruant :

 

-         Putain, ça caille sa race ce matin !

 

Il me plait à penser que nous avons tous deux détourné le regard au même instant pour nous faire face. Je vous aurais bredouillé un « Il ne faut pas se fier à son langage » avant de replonger dans le formulaire. Je vous aurais remis votre exemplaire avant de vous souhaiter une bonne journée. Vous seriez partie avec un léger sourire en coin que je n’aurais pas pu m’empêcher d’imiter.

 

Il me plait à imaginer qu’à mon retour dans le poste, cette Aphrodite enquincaillée m’aurait lancé un « Bein quoi ? » devant ma mine déconfite.

 

Bien à vous, madame, il me plait à penser que vous vous portez comme un charme.

 

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gabian 04/12/2008 23:15

Ah, le coup de l'Aphrodite enquincaillée, je m'en remets difficilement !
Bonne ambiance, bonne chute, bien vu !

Jayos 05/12/2008 05:12


Merci, mon cher Gabian, un compliment qui me touche beaucoup.

A bientôt.


bénédicte 02/12/2008 02:38

Elle est délicieusement drôle ton histoire.
Et bien écrite.
(Putain merde, et on s'y croirait ! :D )

Je ne te raconte même pas le nombre de fois où on m'a demandé comment conjuguer police + féminité, le nombre de fois où j'ai fait la remarque qu'il y avait dans la question une grosse confusion entre feminité et séduction, et SURTOUT le nombre de fois où j'ai affirmé que les qualités d'un bon flic étaient des qualités "asexuées".

Bizoux ! :o)

Jayos 05/12/2008 05:10


J'avoue que ce lieu commun m'avait totalement échappé jusque là. Il ne s'est imposé dans mon esprit qu'au moment de l'écriture. Ces remarques doivent être, je pense, parmis les plus énervantes dans
le flot d'inepties qu'on nous sert, qu'on vous sert quotidiennement.
Bien lâchement, je reconnais qu'il est plus confortable d'être un homme dans la police.

Bisous. A bientôt.


Elhana 30/11/2008 14:37

Jayos, ce n'est pas juste, tu me piques mes idées de nouvelles... Et passer après ton talent serait un crime!

Jayos 05/12/2008 05:06


Je suis navré de t'avoir coupé l'herbe sous le pied. Cependant ce talent que tu m'attribus, je pense avec un peu trop de complaisance, ne justifie en rien de te freiner dans tes volontés
d'écriture.
Néanmoins, je te remercie grandement pour ces éloges qui me vont droit au coeur.

A bientôt.


BBK.mel 28/11/2008 20:01

Quel style dans l'écriture, c'est un vrai bonheur. J'ai l'impression en lisant ton message, que la police a embauché une de mes élèves, magnifique jeune fille brune avec de superbes yeux bleus, une classe certaine lorsqu'elle s'habille en tenue de dame...et un langage de caillera de banlieue qui casse tout le charme !

Jayos 28/11/2008 21:44



Wof, tu sais je suis habitué aux filles de campagnes moi. Leur détermination se retrouve dans leur langage et certaines attitudes. J'y trouve un charme certain je dois l'admettre.


A bientôt.



CARAMBAOLE :0114: 28/11/2008 06:33

une journée pleine de couleur
c'est en tout cas,ce que je
vous souhaite
super votre post

Jayos 28/11/2008 21:42


Merci de vous être arrêté me laisser ces quelques mots, c'est très aimable. Une journée, et même une semaine (je suis généreux) pleine de couleurs à vous également.