Légitime Défense

Publié le par Jayos

Cher Brigadier.

 

Je me souviens parfaitement de votre nom, peut être vous souvenez vous encore du mien. Nous nous sommes rencontrés il y a un petit moment maintenant à l’Ecole Nationale de Police de Loin-de-chez-moi où j’ai fait mes classes de Policier Auxiliaire.

 

Vous m’avez appris pas mal de choses Brigadier, il y a longtemps, et je m’en souviens comme si c’était avant-hier (ça commence à se défraîchir). Vous nous répétiez sans cesse « c’est la routine qui tue le couple et c’est la routine qui tue le policier ».

 

Vous nous avez également appris la légitime défense. Mon Dieu que ça semblait compliqué dans votre bouche. Vous nous parliez d’atteinte injustifiée, réelle et actuelle à laquelle on répliquait par une riposte simultanée, proportionnelle et nécessaire. Ce n’était ni plus ni moins que la définition légale de la légitime défense telle qu’elle est décrite dans le Code Pénal. Vous êtes ensuite revenu sur chacun de ces mots pour nous les expliquer comme vous le pouviez. Vous avez fait comme on vous disait de faire. Dans l’ensemble nous avons compris ce que vous vouliez nous transmettre et c’est le principal. Je me permets cependant de vous adresser cette petite lettre pour vous expliquer une autre façon de faire comprendre la légitime défense que j’ai apprise bien plus tard.

 

Elle se présente sous la forme d’un petit conte.

 

Il existait dans le Japon médial un guerrier sans pareil. Un duelliste hors pair qui jamais n’avait été vaincu. Lorsqu’il vit la fin de son existence poindre à l’horizon il décida de transmettre son savoir et de prendre sous son aile cinq disciples.

 

Tous étaient de formidables combattants, forts, rapides et intelligents. L’un d’eux cependant surclassait les autres en tout point si ce n’est en agressivité. A la mort de leur maître, ils fondèrent chacun une école, en accord avec leurs styles respectifs.

 

Le plus doué des cinq enseignait la voie de la non violence. Encourageait ses élèves à ne jamais accepter un duel et à ne jamais se battre. Lorsqu’on venait le défier, il refusait toujours. Il allait même jusqu’à baiser les pieds de ses adversaires pour éviter le combat.

 

Ses condisciples jugeaient cette attitude indigne des enseignements qu’ils avaient reçus. Une nuit, pour préserver la mémoire de leur maître, ils s’introduisirent dans l’école du cinquième pour l’assassiner.

 

Il les tua tous les quatre.

 

Cette histoire est racontée dans certains dojo afin que les enfants puissent toucher du doigt la notion de légitime défense. Je la trouve plus attrayante et plus parlante que celle du Code Pénal.

 

Bien à vous, cher Brigadier, quoique vous fassiez maintenant.

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Elhana 14/12/2008 16:20

tiens, tiens... cette fois j'ai dû relire trois fois avant de saisir la portée du texte. Sans doute suis-je trop occidentale pour avoitr de suite entrevu l'importance de la différence entre le refus d'un défi et la réaction à l'attaque..

Jayos 16/12/2008 05:33


Et bien, dans les deux cas la violence peut être vue comme un moyen d'arriver à ses fins. Par contre, le but des deux situations est totalement différent, voir opposé.

Le but du défit est de démontrer ou d'affirmer sa supériorité (le point amusant à aborder est celui-ci: lorsqu'on défit quelqu'un en duel, cherche-t-on à lui prouver notre supériorité ou
cherche-t-on à se la prouver à nous même? Désolé, j'adore les questions à deux ronds qui ne servent à rien.).

Le but de la défense est de préserver son intégrité physique, voir sa vie. L'enjeu n'est pas du tout le même et c'est lui qui justifie l'usage de la violence.


BBK.mel 11/12/2008 19:12

Comme quoi c'est une bêtise que d'imaginer que la non violence est une forme de lacheté ou de peur. Elle demande beaucoup de courage et n'en montre que plus la valeur des gens.

Jayos 12/12/2008 05:49


Nous ne sommes pas exactement dans une obtique de non violence comme pourrait la consevoir Gandhi. Il ne s'agit pas de tendre l'autre joue.

Il s'agirait plutôt d'appréhender la violence comme une globalité avec ses causes, ses effets, ses nécessités et ses paliatifs. D'être capable de l'éviter jusqu'à ce qu'elle soit absolument
nécessaire.

La philosiphie japonnaise dite nécessariste est d'ailleurs de l'exercer sans aucune retenue lorsque celle-ci devient nécessaire, à titre dissuasif. Le principe étant que tant que l'action n'est pas
nécessaire, elle est proscrite. Lorsqu'elle devient incontournable, elle doit être violence, soudaine et brutale.

Il ne s'agit pas là de non-violence au sens stricte. Je suis cependant entrièrement d'accord avec toi, il est bien plus difficile d'être capable de tendre l'autre joue lorsqu'on possède les moyens
de se défendre que de se déchainer.


bénédicte 10/12/2008 03:46

J'adore cette histoire !
C'est vrai que l'art martial japonais tend vers le non combat quand l'expertise et la perfection sont atteintes.
Je te recommande l'autobiographie de Gichin Funakoshi (mon Sensei !) fondateur du karaté "contemporain", qui l'exprime très bien.
Il raconte par exemple, comment à l'âge de 85 ans, il a été contraint de neutraliser un agresseur dans une rue sombre de Tokio, et à quel point il se désolait d'avoir dû user de son art. Ce livre est une pure merveille. Et moins chiant que le Code Pénal.
Bizoux ! :o)

Jayos 10/12/2008 18:04


C'est amusant que tu m'en parles, je viens juste de glisser l'idée à mes proches que s'ils souhaitent m'offrir quelque chose en cette fin d'année, ce livre serait parfaitement approprié.