Cette fois, il va aller au ballon.

Publié le par Jayos

Chère Madame, cher Monsieur,

 

Je ne connais pas votre nom, vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Cependant vous n’êtes pas un personnage imaginaire comme il m’arrive d’en inventer. Vous étiez magistrat, ou magistrate, je n’en sais rien et je n’en ai cure. Vous étiez, et vous êtes probablement toujours, l’Etat, la réponse de l’Etat.

 

Lorsque je suis arrivé au commissariat de Loin-Là-Bas, tout jeune flicard, juste sorti de l’école, j’ai eu affaire à un malfrat. Car celui-là n’était pas un jeune désoeuvré, un rejeté ou un égaré. Non. C’était un voyou, une pourriture, un déchet. Il était en Garde à Vue (encore) pour des faits particulièrement graves.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon, disait-on dans les couloirs.

 

Différentes procédures pour stupéfiants, vols, recels, violences et j’en passe, lui avaient valu un joli bagage de dix huit mois de sursis.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Je le surveillais parce qu’au cours d’un règlement de compte entre bandes, il avait fendu le crâne d’un de ses opposants avec une manivelle de cric. Sa victime, qui n’avait de victime que le nom tant son palmarès était impressionnant, était à ce moment là à l’hôpital, dans le coma.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Confronté au frère du blessé, il lui a sauté dessus et lui a brisé le nez sous les yeux de l’O.P.J.

 

-         Cette fois, il va aller au ballon.

 

Jugé en comparution immédiate, vous l’avez laissé ressortir libre du tribunal avec vingt quatre mois de sursis.

 

-         Cette fois non plus, il n’est pas allé au ballon.

 

Vous me direz peut-être que la justice n’est pas un capharnaüm. Qu’on n’y fait pas n’importe quoi. Qu’il y faut y appliquer la loi. Qu’on y a, comme dans la police, les mains liées. Et c’est probablement vrai… Dans une certaine mesure.

 

Car, voyez-vous, je ne suis qu’un humble Gardien de la Paix. Une brute décérébrée pour certains. Ce qui, dans une certaine mesure également, est vrai. Mais permettez moi de vous raconter une autre anecdote.

 

Il y avait, dans le ressort géographique du commissariat de Près-De-Chez-Moi, une femme. Une loque, un autre déchet d’une autre nature, dont la vie avait probablement été une tragédie. Elle avait plusieurs enfants qui lui avaient été retirés par décision de justice. Ce qui était probablement la meilleure chose qui puisse leur arriver.

 

Cette femme remuait ciel et terre pour récupérer sa progéniture. Elle allait crier scandale, tantôt au commissariat, tantôt à la préfecture et tantôt au tribunal. De guerre lasse, une substitue décida de la recevoir pour lui expliquer que ses enfants ne lui seraient pas rendus. Au cours de l’entretient, cette femme s’est levée et a giflé la magistrate. Elle est repartie du tribunal dans un fourgon de police pour passer quinze jours en prison.

 

-         Cette fois, elle est allée au ballon.

 

Vous m’expliquerez que ces deux cas particuliers n’ont rien à voir entre eux. Ce qui est vrai. Qu’ils ne se sont pas passés dans le ressort du même parquet. Ce qui est vrai. Et que, non, en France, il n’y a pas deux poids et deux mesures… Ce qui est bien imité.

 

Bien à vous, Madame, Monsieur, je vous souhaite d’avoir un jour la possibilité et les moyens de pouvoir faire votre travail dans les meilleures conditions.

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AdrienDF 10/02/2009 21:57

bonjour, je passe régulièrement sur votre blog, mais ce soir j'ajoute un commentaire :

Un billet, une fois de plus talentueux et tellement réaliste (malheureusement.....)

c'est pas terrible comme compliment, mais je suis pas doué !:o)

continuez !

Jayos 12/02/2009 17:36


Quoiqu'il advienne, c'est fort aimable à vous d'avoir pris le temps de vous arrêter me laisser ces quelques mots.

Merci beaucoup.


BBK.mel 09/02/2009 20:36

Désespérément réaliste comme histoire (et je le crains, malheureusement vraie).

Jayos 10/02/2009 15:18


Désespérément réaliste et désepérément vraie effectivement, j'en ai été témoin personnellement.

A bientôt BBK.


Bardalyves 30/01/2009 14:31

Bonjour Jayos,
Je passe souvent sur ton blog, je ne laisse pas de commentaire, sauf aujourd'hui pour te dire à quel point c'est toujours un plaisir de te lire, et ce quelque soit le texte.
Merci.

Jayos 10/02/2009 15:17


Merci beaucoup Bardalyves, c'est très aimable à toi d'avoir pris le temps de me laisser ces encouragements. Ca me fait très plaisir.

A bientôt.


Dez 20/01/2009 16:45

Salut Jayos,

J'ai trouve ton blog par hasard ... et viens de me tapper l'integrale.
Desole pour les accents manquants, mais je suis dans un cyber au fin fond de l'asie ou je reside.

Je suis jeune (et con) et ne porte pas particulierement la police dans mon coeur (la faute de tes collegues surement ;), sans pour autant etre un anti-flic primaire.

Je viens de me tapper une crise de fou rire en lisant "concours pour depressifs". Ca a bien surpris les pti drogues au jeux videos qui m'entourent (faudra penser a en verbaliser qq uns).

Je ne poste JAMAIS de commentaires, mais la je me sent oblige. C'est ce genre de choses que l'on devrait communiquer a propos de la police, au lieu de toutes les infos de ***** qui inondent les postes (de TV). Ca me semble realiste, ca fait reflechir et en plus c'est amusant a lire.

Je te souhaite une bonne annee et bonne continuation pour le blog.

J'espere ne jamais te rencontrer (en uniforme :)
Dez

Tu fais du karate ? J'ai fais du Krav Maga en France. Tu connais ? Tu devrais essayer :)

Jayos 20/01/2009 18:18


Merci à toi Dez, d'avoir pris le temps de lire mes textes en toute impartialité et de m'avoir laissé ces quelques mots, c'est fort aimable.

Pour les petits accrocs aux jeux video, je ne ferai pas de commentaire, j'en suis un moi même.

Bonne année à toi également. J'ai entendu parler du Karv Maga et vu quelques videos. C'est très impressionnant et très dévastateur. Un peu trop pour moi d'ailleurs, ce ne serait pas adapté à mon
travail je pense. Mais j'avoue que j'esserais bien par curiosité.

Bonne continuation à toi aussi et au plaisir de te recroiser par ici!