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Comme je l’ai explicité susditement, la police de proximité était (ou aurait du être) synonyme d’augmentation de moyens. Elle s’accompagnait en général de postes de police conçus pour fonctionner comme de petits commissariats déconcentrés. Seulement, ce genre de chose a un coût. Je me permettrais même de dire un énorme coût.
Pour réussir à combler les besoins matériels que le ministère ne couvrait pas (ou pour éviter au ministère de les couvrir, j’avoue qu’entre les deux mon cœur balance) on a été frapper à la porte des mairies pour leur demander de mettre la main à la poche. Les élus ont joué le jeu et on fourni, ici des locaux, là du matériel informatique et bureautique, là bas un véhicule, etc.
La conséquence de ceci est qu’ils ont alors estimé avoir un droit de regard sur la politique sécuritaire de leur commune (ou ce droit leur a été proposé pour les motiver, une fois de plus mon cœur balance). Un point de vue qui est, somme toute, parfaitement défendable.
Pour répondre à cette attente, ont été créés, entre autre, des contrats locaux de sécurité (C.L.S.) qui consistaient à recueillir les besoins et les attentes sécuritaires des mairies, des associations de quartiers, des services publics locaux et de tous ceux que la mise en place d’une « nouvelle police » pouvait concerner et à voir comment y répondre.
Une bonne idée, quelle qu’en soit l’origine, reste une bonne idée. Je ne renie pas les bienfaits de s’enquérir d’un avis extérieur. Cela peut permettre d’ouvrir des voies auxquelles on n’aurait pas forcément pensé.
Cependant : « Si, en bâtissant une maison sur le bord de la route, on prenait conseil de ceux qui passent ; le travail ne serait pas encore achevé ! »* On a alors vu surgir des idées comme celle du sentiment d’insécurité.
Le sentiment d’insécurité est l’estimation qu’a une personne de la sureté de son environnement. Elle est entièrement subjective et n’est absolument pas évaluée en fonction de l’insécurité réelle.
Or, à mon sens, c’est bien joli de faire en sorte que les gens se sentent en sécurité. Mais il me semble que faire en sorte qu’ils soient effectivement en sécurité est bien plus important et plus en accord avec ce qu’est la police. D’autant qu’il est tout à fait possible d’agir sur le sentiment d’insécurité sans pour autant s’attaquer à l’insécurité elle-même. Et c’est exactement ce qui a été fait.
Il y a une chose qu’il faut comprendre au sujet de la délinquance dans les quartiers. C’est qu’hormis une minorité de gens « nuisibles » qui sont en quelque sorte des délinquants par conviction. Hormis les crises de violences dues à des accumulations de divers facteurs personnels. Hormis la délinquance passionnelle (liée au couple ou aux relations humaines). En résumé, hormis la délinquance qui se retrouve dans n’importe quel quartier de n’importe quelle ville de France, qu’il soit difficile ou non. Une énorme partie de la délinquance propre aux quartiers difficiles est la conséquence de l’économie sous terraine. Pourquoi cherche-t-on à établir dans ces quartiers des zones d’interdiction policière ? Afin de faciliter les transactions illégales (que ce soit la vente de drogue, d’autres produits illicites ou d’objets volés).
Nous avons affaire à une délinquance qu’on peut appeler une délinquance de pauvreté. Bien sûr, nous sommes loin des Misérables qui chapardaient une miche de pain pour ne pas crever la dalle dans le caniveau. Elle ne cherche pas à fournir les fonds nécessaires à l’assouvissement de besoins vitaux. Elle sert à améliorer l’ordinaire. Et pour certains, elle l’améliore même très largement.
Les quartiers sensibles sont des quartiers pauvres. Nous vivons dans une société d’apparence. Où on ne dit plus, « Je pense donc je suis » mais « J’ai donc je suis ». Où la réussite sociale et personnelle doit, avant tout autre chose, être visible. Et où on nous jette du « bonheur » au visage à longueur de journée à grands coups d’imagerie collective. Une fois qu’il a gouté à l’argent facile, il faut plus que de la prison pour remettre un délinquant dans le droit chemin, en considérant que ce soit faisable. Et il faut plus que du bleu pour empêcher un gamin pas plus méchant qu’un autre d’y mettre le nez car il ne comprend pas pourquoi il n’a pas accès à tout ça.
La police peut s’afficher, contrôler, prévenir, interpeler ou « faire condamner » autant de délinquants que vous voulez. Tant qu’il y aura des gens pour avoir des besoins, ou penser qu’ils ont des besoins, au dessus de leurs moyens, le problème ne sera jamais résolu durablement. Tous les réseaux démantelés seront reconstruits aussi tôt. Et la lutte contre l’insécurité véritable ne se résumera, ni plus, ni moins, qu'à essayer de remplir une baignoire percée. C’est une tâche sans fin.
Les quartiers peuvent être « reconquis », la délinquance ne fera que se déplacer. Et à la grande époque de la police de proximité, nous en étions là. « Je veux que vous les fassiez tellement chier qu’ils finissent par aller faire leurs conneries chez les gendarmes » nous à un jour dit un officier. Et ca, ce n’est pas lutter contre l’insécurité mais lutter contre le sentiment d’insécurité. La population de notre quartier y a vu un mieux. Les quartiers ou les agglomérations voisines, elles, beaucoup moins.
Je ne prétends détenir ni la vérité, ni la solution. Mais je pense que la délinquance ordinaire des secteurs sensibles n’est pas une maladie. C’est un symptôme. Et ne se concentrer que sur l’aspect policier du problème sécuritaire revient à soigner une jambe cassée à grand coup d’aspirine. Non seulement ca n’arrange rien mais ça fini par faire plus de mal que de bien.
A bientôt pour la suite.
* Sun Tzu, L'Art de la guerre.
Vous avez raison mon bon camarade. Peut-être ai-je un peu facilement oublié mon rang et le crédit de parole qu'il m'octroie.