Mardi 12 octobre 2010 2 12 /10 /Oct /2010 16:38

 

J'ai joué les prophètes et les moralisateurs dans mon texte précédent. Ce n'est ni mon rôle ni ma volonté. D'autant qu'il faut admettre que la doctrine de la P.U.P. s'accompagnait d'un certain nombre d'aspects non policiers destinés à appréhender les difficultés sous un angle plus vaste. Sur ce point, ses inventeurs avaient été bien plus prévoyants que je ne l'ai laissé entendre. Cependant, sans un investissement de moyens à la mesure de la tâche, l'entreprise ne pouvait accomplir de miracles.

 

Avec un commandement adéquat, là "reconquête" du terrain était possible. A partir du moment où le chef de secteur (gradé, officier ou commissaire) avait compris que cette reprise des lieux devait passer par une opposition ouverte à l'hostilité qu'une présence policière suscite et en avait accepté les risques potentiels.

 

Je n'aime pas utiliser le vocabulaire martial pour ce qui touche à la police. Je ne parlerai donc pas de guerre. Mais il faut comprendre que rétablir le contrôle d'un quartier ne se passe pas dans la joie et la bonne humeur.

 

Dans les secteurs les plus durs, cela s'est parfois traduit par des affrontements ouverts quasi quotidiens. Comme je vous l'expliquais, il faut aussi raisonner en terme territorial. Une zone gangrenée par l'économie souterraine ne voit pas d'un bon oeil une arrivée conséquente et durable de forces de police. Cela provoque tout un tas de phénomènes plus ou moins violents dont l'extrémité a été nommée: Violences Urbaines.

 

Les V.U. englobent toutes les actions à force ouverte dirigées contre les forces de l'ordre ou les représentants des institutions visant à établir une domination territoriale. Des violences urbaines récurrentes dans un quartier sont le signe d'une gêne engendrée par la présence de la police.

 

Si le commandement (aussi bien policier que politique) arrive à accepter le risque de bavure ou d'accident inhérent à la violence de ce type d'événements. S'il arrive à maintenir et à consolider ses positions (et ceci n'est qu'une question de moyens, donc de volonté), les violences urbaines décroîtront puis cesseront. Car à quoi bon affronter la police si ça ne la fait pas partir. Ce n'est pas bon pour les affaires. Mieux vaut se cacher davantage, réduire les activités ou les déplacer.

 

Il est donc si simple de rétablir l'ordre dans un quartier? Non, je l'évoquais en partie dans mon texte précédent. Il ne s'agit pas de poser ici ou là une compagnie de C.R.S. pendant une ou deux semaines. Il s'agit de s'installer et de ne plus partir. Mais même ainsi, il ne s'agit pas non plus de venir fliquer une frange de population particulière juste pour le plaisir de s'échanger des regards mauvais. Oui, à mon sens, il faut faire preuve d'une extrême fermeté. Mais la fermeté seule n'est pas suffisante.

 

Une fois le calme rétabli. Une fois que la police et les habitants d'un quartier peuvent y circuler paisiblement, il faut pouvoir proposer une alternative à la délinquance. Je peux vous écraser ma matraque sur la gueule toute la journée pour vous empêcher de mal agir. Si vous n'avez pas, ou ne pensez pas avoir, d'autre choix que de vous comporter ainsi, le problème ne sera jamais réglé. Et il y a même fort à parier que vous finirez par réussir à esquiver les coups.

 

Un discours ou une politique hautement sécuritaire et répressive ne peut être une solution. A la limite un outil pour redresser une situation qui a gravement dégénéré mais pas plus. Et surtout, elle doit être limitée dans le temps. Si vous avez décidé de ne plus mal agir, à quoi cela sert-il de me voir agiter ma matraque près de votre nez?

 

Ca, la police de proximité l'avait compris (rappelez vous des collègues qui jouaient au rugby avec des jeunes de quartier). Mais les ilotiers bien avant elle en étaient parfaitement conscients. Elle ne pouvait pas régler le moindre problème de façon durable. A la limite, permettre d'installer un climat propice au déploiement de politiques non policières qui auraient pu s'attaquer aux problèmes de fond. Tout comme auraient pu le faire les ilotiers avec les moyens adéquats.

 

Aujourd'hui les effectifs ont encore fondu. Les postes de police ont été fermés et leurs effectifs reversés dans d'autres unités car il faut bien continuer à faire tourner la boutique malgré les départs non remplacés. Cela implique, bien entendu, que les ilotiers n'ont pas été remis en place et qu'il n'y a plus personne pour assurer un lien humain et quotidien avec le public.

 

La P.U.P. avait été conçue pour apporter des résultats à long terme. Bien plus long qu'une échéance électorale. C'était probablement là sa plus grande faiblesse. Aujourd'hui, non seulement nous avons perdu ce qu'elle avait pu nous apporter. Mais nous sommes en train de perdre le travail de fond fait par les ilotiers depuis trente ans. Nous sommes en train de faire perdre l'habitude à la population de voir la police aussi quand tout est calme. Ce qui a pour conséquence d'assimiler police et répression exclusive. De faire oublier, petit à petit, que le rôle des forces de l'ordre est avant tout d'apporter secours et protection. De garder la paix publique, Gardiens de la Paix que nous sommes.

 

A mon sens, la pire des politiques est l'absence de politique. La succession des doctrines au gré des alternances électorales et la généralisation de cas particuliers (sous forme de législation) en se gardant bien d'exposer une vue d'ensemble en est l'équivalent. J'en reviens à ma chansonnette d'avancées reculantes. Passer son temps à faire et à défaire, c'est ça le pire du pire. Aussi bien pour le public que pour nous.

 

 

 

 

Voilà, j'espère que ces textes, s'ils ne vous ont pas plu, vous auront au moins intéressé. Vous aurez remarqué que j'ai volontairement passé sous silence les aspects judiciaires, sociaux, urbanistes et autres car je n'ai pas une expérience suffisante pour en donner un avis éclairé (le champ de luzerne, tout ça, tout ça). Je me suis donc borné à vous décrire et vous donner mon avis sur la gerbe de blé que j'ai eu sous le nez pendant une grande partie de ma carrière.

 

 

 

Bien à vous tous.

Par Jayos - Publié dans : Monologue
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés