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Mettons nous tout de suite à l’aise. Je ne suis pas un théoricien de la police. Loin de là. Je ne suis qu’un petit Gardien de la Paix soumis à toutes les contraintes quotidiennes que cela implique.
Je suis comme un lapin dans un champ de blé. Que vois-je autour de moi ? Du blé et rien que du blé. La tourterelle qui vole au dessus de moi voit, elle, l’ensemble des cultures. Elle voit le renard qui chasse, la moissonneuse qui fauche, le champ de luzerne d’à côté, les promeneurs et tout un ensemble de choses qui me sont invisibles.
Cependant, qui de la tourterelle ou de moi est le mieux placé pour observer le blé lui-même ? Et bien c’est moi.
Quel rapport avec le titre ? Quel rapport avec le sujet que je n’ai même pas encore annoncé ? Aucun. Je veux juste expliquer qu’après tout, rien de m’empêche, moi aussi, d’utiliser mon cerveau et d’exprimer ce que j’ai à dire (en l’occurrence à écrire mais je pinaille).
J’estime qu’il relève de la bonne éducation de fermer ma gueule bien comme il faut à propos du champ de luzerne dans lequel je n’ai jamais mis le pied. Le blé par contre, c’est mon rayon.
J’attaque donc directement dans le bois dur en vous disant que je suis un fils de P.U.P. Mes collègues ont une idée de ce que j’entends par là mais pour les autres, je m’explique. P.U.P. : Police Urbaine de Proximité. Quand je dis que je suis un fils de P.U.P., je veux dire que j’ai fait partie d’une des premières promotions de Gardiens de la Paix dont la scolarité a été entièrement tournée vers la P.U.P. J'ai aussi assisté et participé à la mise en place de la police de proximité dans deux commissariats totalement différents à plusieurs années d'intervalle.
Mais qu’est-ce donc, ou plutôt qu’était-ce donc, que la police de proximité ? Ce n’était ni plus ni moins que la refonte d’un certain nombre d’idées déjà largement utilisées dans la police depuis une bonne génération de fonctionnaires.
Elle a fait partie (ou peut-être l’a-t-elle lancée ?) d’une mode où tout devait être de proximité. Les commerces, les services publiques, les administrations et j’en passe. On a voulu à ce moment là nous « vendre » de la proximité à toutes les sauces. La police n’a pas fait exception.
Mais il faut bien comprendre que non, définitivement, non la police de proximité n’a rien inventé. Imaginez une partie de cartes. Vous récupérez toutes les cartes, vous les mélangez et vous les redistribuez. Il y a de fortes chances pour que la partie en soit complètement modifiée. Le jeu de carte, quant à lui, reste inchangé.
Hors c’est là que le bas blesse. Pour être mis en œuvre correctement, la P.U.P. aurait du être accompagnée d’un certains nombre de moyens qui ont été fournis à certains et pas à d’autres. Ceux qui se sont vus passer d’un jeu de trente deux cartes à un jeu de cinquante quatre ont pu faire un travail correct. Les autres, faute de grives, ont continué à manger des merles. Et ceux qui n’avaient déjà pas assez de merles pour nourrir tout le monde n’ont, bien entendu, pas pu faire de miracles.
L’un des buts affichés de cette nouvelle politique était de réussir à faire une police plus proche (d’où le nom, effectivement, je ne fais qu’énoncer une évidence) du public. Plus à l’écoute de celui-ci et capable de mieux répondre à ses attentes. Suite à une mauvaise ou, parfois, à une absence de communication interne, l’image première qu’en ont eu les fonctionnaires était qu’ils allaient se retrouver à devoir faire ami-ami avec n’importe qui et à n’importe quel prix. Il n’était pas rare d’entendre un policier exprimer ses craintes de devenir plus ou moins une assistante sociale. Cette image n’était pas totalement vraie. Mais pas totalement fausse non plus.
De plus, nous étions habitués à la succession des politiques soi disant révolutionnaires en terme de sécurité qui arrivent et s’en retournent au grés des changements et alternances électorales se résumant dans une grande majorité des cas à de simples effets d’annonce ne servant que de faire valoir à leurs inventeurs. La police de proximité s’est heurtée à un mur de mauvaise volonté de notre part. Nous avons en tête à ce sujet la vieille rengaine du : « Si tu avances et que je recule… »*
Il a donc fallu commencer par nous la vendre à nous. Notamment par l’apport de matériel neuf (ce qui dans une énorme majorité des commissariats n’est pas un luxe) ou par l'accès à des ressources jusque là utilisées par d'autres. Notamment aussi par le biais d’une totale refonte organisationnelle des unités de quartier (sur laquelle je reviendrai plus tard) on nous a fait appréhender la routine sous un autre angle. En impliquant les fonctionnaires dans la gestion du petit judiciaire : pouvoir, au niveau d’un poste de police, traiter une petite affaire simple de bout en bout. Permettant ainsi aux policiers de voir effectivement le fruit de leur travail. Cela peut ne paraitre rien, mais il m’est arrivé de traiter une histoire de chien qui en avait mordu un autre. Ce n’est effectivement rien mais j’en avais tiré à l’époque la satisfaction du travail accompli. Ce qu’on ne retrouve pas dans une grande partie des interventions police-secours.
Je vais m’arrêter là pour le moment. Je ne suis pas habitué à écrire ici de longs textes et vous n’êtes pas non plus habitués, ni même peut-être désireux, d’en lire venant de moi. Comme je pars du principe que vous n’êtes pas ici pour vous ennuyer à lire un essai rébarbatif sur un sujet complexe que je ne peux maitriser dans sa totalité, j’ai décidé de le scinder en plusieurs parties que je publierai de façon assez proches les unes des autres. Sachez seulement que la suite constituera dans une explication (que je m’efforcerai au mieux de ne pas rendre chiante comme la pluie) de ce que la P.U.P. à changé dans l’organisation des commissariats. Des buts qu’elle affichait et poursuivait. Et des conséquences qui me sont visible aujourd’hui. Partant du principe, bien entendu, que je ne suis qu’un lapin dans un champ de blé et que ma vision, même si je m’efforce de la rendre la plus objective possible, en est fatalement tronquée.
Je vous dis donc : à bientôt pour la suite.
* Comment veux-tu ? Comment veux-tu ?
Vous avez compris exactement le but qui est le mien avec ces articles (à venir).
Merci pour vos encouragements.
Et bien rassurez vous, elle ne tardera pas à venir!
Je n'ai jamais vu un tel déchaînement de rancoeur, de quasi haine, palpable, contre un concept. Ca a été effectivement TRES mal vendu aux collègues, je confirme !
"On n'est pas des assistantes sociales" était le plus doux des reproches formulés. On était plus proche du "si tu veux baisser ton froc devant les truands, te prive pas, mais ce sera sans moi".
A mon sens, le concept était sans aucune originalité (un divisionnaire l'avait commenté ainsi : "comme tous les trente ans, la police va réinventer l'eau tiède"), mais il était excellent : on ne police bien une population que si on la connait. Et il a été emballé, vendu aux policiers de terrain de la pire des manières.
Un foirage comme j'en ai rarement constaté, un plantage total, absolu. Un modèle du genre, inscrit dans le nom même : police "de proximité". La réaction ne pouvait qu'être épidermique : Non mais, tu m'as bien regardé ?
Impossible de faire penser plus loin.
Mais bon, si mes commentaires dépassent en longueur tes textes, on ne va plus s'en sortir !
J'attends avec impatience la suite de ton expérience.
Oui, ça n'a quasi pas été expliqué aux collègues. Même après plusieurs années de Pol Prox, l'image était toujours là, persistente. On a demandé aux policiers d'appliquer. Et surtout de la fermer.
Si on avait expliqué aux gens à l'époque que ce qu'on voulait leur vendre comme révolutionnaire n'était ni plus ni moins que ce qui se faisait déjà depuis trente ans (et encore je dis trente ans mais ça doit être plus). Le boum médiatique n'aurait été qu'un pétard mouillé.
Ceux qui ont eu la chance d'avoir du matériel neuf et les coudées franches pour faire leur boulot correctement n'en gardent pas un trop mauvais souvenir. Pour les autres, ce n'a été qu'une politique comme une autre dont les buts étaient au moins autant électoraux que sécuritaires.
Il est vrai (et je n'y avait même pas songé d'ailleurs) que même le nom voulait à la fois tout et ne rien dire. Comme souvent dans la police. On se racle un brin la soupière pour trouver un nom qui sonne pas trop mal, on change les organigrammes et on fait le même travail avec les même gens et les même métodes. Depuis la motorisation et la liaison radio nous n'avons pas fait grand chose de révolutionnaire. Et quand je dis pas grand chose c'est pour ne pas dire rien du tout.
Quant à la longueur de tes commentaires, elle ne me pose aucun souci.
A bientôt.