Le Grand bluff.

Publié le par Jayos

Madame,

 

Je ne connais pas votre nom. Vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous êtes le personnage principal d’une histoire que m’a raconté un jour l’un des premiers collègues que j’ai côtoyé.

 

Un grand rouquin qui avait l’âge d’être mon père et qui ne pouvait jamais s’empêcher de dire des âneries. Un homme fort agréable qui avait vu dans sa vie de quoi remplir plusieurs blogs comme celui-ci.

 

Je ne sais pas exactement dans quelles conditions vous vous êtes retrouvée à être verbalisée par lui. Et alors qu’il rédigeait sa contravention, et qu’il vous avait demandé de patienter, vous avez tenté un coup de poker qui l’a surpris au plus haut point. Je ne sais pas si vous étiez joueuse mais vous avez décidé de tenter un énorme coup de bluff.

 

Vous aviez, un jour, je ne sais pas non plus dans quelles circonstances, appris le nom de famille d’un des policiers du commissariat de votre ville. Je l’appellerai Monsieur Machin. Et vous avez sorti de but en blanc à mon camarade :

 

-         Vous savez, je connais très bien M. Machin.

 

Surpris, mon collègue à levé le nez de son carnet et vous a demandé :  « Vraiment ? », Vous y avez vu une ouverture et vous vous y êtes engouffrée.

 

-         Bien sûr que je le connais ! En plus de me verbaliser vous n’allez pas non plus m’accuser de mentir ?

-         Oh, loin de moi cette idée, madame.

-         Je vais même vous dire, je le connais tellement bien que je le considère presque comme faisant partie de ma famille. Et lui également ! Je pense que vous vous engagez au devant de méchants ennuis en faisant ce que vous faites.

 

Mon collègue s’est replongé dans sa tâche en ne vous accordant plus que de polis « Hum, hum ». Il m’a expliqué que durant les quelques minutes qu’il lui a fallu pour terminer son Timbre Amende vous n’avez eu de cesse de lui expliquer à quel point M. Machin était presque un frère pour vous et à quel point il serait en colère de voir le traitement qui vous était infligé. Vous alliez la donner à M. Machin, la contravention, et on verrait bien ce qu’on verrait. Cauchemar, désolation et pénitence étaient sa seule perspective d’avenir.

 

Une fois terminée, il vous a remis votre contredanse et vous a adressé ces deux uniques phrases.

 

-         Vous ne voulez pas me la redonner tout de suite ? M. Machin, c’est moi…

 

Il vous a laissé plantée là, comme un arbre en fleurs, votre prune à la main, et s’en est retourné vers d’autres aventures sans même un regard en arrière pour admirer votre tête (ce que je n’aurais pas manqué de faire à sa place).

 

Et pour conclure il m’a expliqué un principe que j’ai fait mien par la suite. Une méthode qui lui avait été transmise par un ancien de son époque. Il m’a dit :

 

-         Tu vois jeune (c’est comme ça qu’on appelait les Policiers Auxiliaires quand on avait pas eu le temps de retenir leurs prénoms), quand je contrôle quelqu’un pour une infraction au code de la route, je pose toujours cette question au début :  « Vous savez pourquoi je vous arrête ? ». Et quand on me répond « Oui, monsieur, j’ai commis telle ou telle infraction. J’étais pressé ou je n’ai pas fait attention je ne l’ai pas vu ou j’ai eu la flemme de m’arrêter » ou je ne sais quoi encore. Et bien quelque soit l’excuse, si le contrevenant reconnaît sa faute d’entrée, je ne le verbalise pas. Dans le cas contraire, quand on me prend pour un con ou qu’on me dit que je ferais mieux de faire autre chose ou encore que je devrais acheter des lunettes, je verbalise. Et tu sais quoi, jeune ? Neuf fois sur dix, je verbalise.

 

Bien à vous, Madame, vous m’avez enseigné une grande leçon.

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BBK.mel 26/12/2009 18:42


Je ne suis pas une mère parfaite, je ne suis pas une prof parfaite, je ne suis pas une conductrice parfaite, mais ce que j'apprends à mes enfants, mes élèves...et à moi aussi, c'est d'assumer ses
conneries, qu'elles soient faites volontairement ou qu'elles soient le fruit d'une étourderie. Et de ne pas prendre quiconque pour un con.


Jayos 27/12/2009 18:55


A toi, comme à moi, cela parait la moindre des choses. Mais crois moi, tu dois aussi t'en être aperçue, c'est un principe qui est loin de faire l'unanimité.

Passe de bonnes fêtes.


sandrine 24/12/2009 03:22


Merci de me conforter dans cette idée ne jamais prendre qui que se soit pour un C.. encore moins un flic quand il s'apprête à verbaliser!
Celà dit ,je rues moi aussi dans les brancards quand on me prend pour une cruche.


Jayos 24/12/2009 05:38


Si je puis me permettre un bien humble conseil, même si le flic en question ne s'apprête pas à verbaliser, éviter de le prendre pour un débile facilite énormément les rapports qu'on peut être
amené à avoir avec lui.

Quand à ruer dans les brancards quand matière il y a, cela me semble, non seulement normal, mais salutaire.

Merci d'avoir pris le temps de me laisser ces quelques lignes, cela me va droit au coeur même si le l'ai à gauche comme tout le monde... Oui, vous avez raison, je ne devrais pas tenter les jeux de
mots.

A bientôt, j'espère.


Serge 23/12/2009 19:24


C'est joli, cette élision : le code de la route est devenu le code de la roue ! On va dire que pour un auteur, c'est cadeau. Je l'accepte comme tel, et le réemploierai.


Jayos 24/12/2009 05:25


Comme il faut rendre à César, ce qui est à César, j'avoue, c'était une faute de frappe. Mais effectivement, elle est jolie.


Serge 23/12/2009 18:52


J'ai une autre attitude : je ne suis pas juge des bonnes manières. Un type peut être très poli en me prenant pour un con. Je le sais, je fais ça très bien moi-même... Ca donne donc le plus souvent
:
Vous l'avez fait, je l'ai constaté.
Vous signez l'amende, ou non ? Pour la contestation, voir au dos.
Bonne journée. Au-revoir.


Jayos 23/12/2009 19:05


Biensûr, chaque cas est différent. Ce dont j'ai horreur, en fait, c'est qu'on essait de m'enfumer sans préavis. Ca me met de travers et j'ai le grand défaut d'être très con quand je suis de
travers.

Perso, le code de la roue n'a jamais été mon cheval de bataille.

A bientôt.