Ma Voisine.
Chère madame,
Je n’ai pas cherché à connaître votre nom, peut-être connaissez vous le mien. Mes horaires font que je ne connais pas vraiment mes voisins mais nous nous sommes rencontrés. C’était un matin, un peu après cinq heures. Je rentrais du travail et vous partiez de chez vous.
Il faisait nuit, comme il est de coutume à cette heure et nous habitons tous les deux au fond d’une petite ruelle de certains qualifieraient de coupe-gorge. J’étais tout de noir vêtu et j’approchais dans l’ombre. Vous étiez en train de fermer votre porte, dans le halo de lumière de la lampe à détecteur de mouvement qui surplombe nos deux entrées de logement. J’ai probablement du vous surprendre. J’en ai conscience. Je n’ai pas eu le temps de vous saluer lorsque vous vous êtes aperçue de ma présence.
Je vous adresse cette lettre, madame, pour vous expliquer que ce matin là vous m’avez profondément blessé. En effet, effrayée par ma soudaine apparition. Vous avez eu le réflexe, qui en d’autres circonstances peut s’avérer salutaire, de me donner un grand coup de pointard à la Zizou dans le tibia. Sous la douleur, le me suis plié en deux pour porter les mains à ma jambe meurtrie. Vous avez enchaîné avec un magistral coup de sac à main fouetté derrière le crâne. Je vous ai crié que j’étais votre voisin. Qu’il ne vous était pas nécessaire de frapper de nouveau. Vous avez eu un petit regard dédaigneux. M’avez signifié que j’aurais mieux fait de m’annoncer (point sur lequel je ne puis qu’être d’accord avec vous), avez fini de fermer votre porte et vous en êtes allée, la démarche altière et le nez au vent.
Il me vient tout à coup une question : pourquoi avez-vous une brique dans votre sac à main madame ?
Vous m’avez blessé, madame, je vous le répète. Non dans ma chair car au final, il n’y avait pas grand mal mais dans ma fierté, de mâle, elle. En effet madame, comprenez mon désarroi. Je suis muni de ce qu’on appelle une stature imposante. De ce que certains de mes collègues, en référence à Audiar et ses Tontons flingueurs, appellent « une présence tranquillisante ». Je porte l’uniforme maintenant depuis onze ans et comme la plus grande partie de mes collègues, j’ai connu la jungle de la région parisienne. Je pratique le Karaté de façon plus qu’assidue, cet art martial étant pour moi une véritable passion, depuis presque autant de temps.
Vous comprenez maintenant, j’imagine, que me faire mettre minable par une petite bonne femme de l’âge de ma mère et m’arrivant à peine à l’épaule est particulièrement décevant pour moi.
Bien à vous, madame, votre réflexe fut le bon mais puissiez vous ne pas faire trop de victimes.
Ceci n’est pas une histoire vraie, mais elle aurait pu. Elle m’est inspiré de l’unique rencontre que j’ai eu avec ma voisine, où j’ai lancé un « N’ayez pas peur, madame, je suis votre voisin. » avant de sortir de l’ombre. Mais allez savoir comment tout ceci aurait pu se passer.