Le Saut de l'ange.

Publié le par Jayos

Chère madame,

 

Je ne me souviens pas de votre nom et vous n’avez jamais connu le mien. On ne peut pas vraiment dire que nous nous sommes rencontrés même si je garde de vous un souvenir très vif.

 

C’est un dimanche en fin de matinée que le porte poisse a encore frappé. Nous avons été appelés, mon collègue et moi pour nous rendre en bas de chez vous. La première chose que j’ai vue, ce sont les Pompiers. Vous, vous étiez étendue sur le sol. Face contre terre. Les bras en croix. Votre cervelle recouvrait environ quatre mètres carrés de trottoir. On vous avait recouvert d’un drap. Bien inutilement, un pompier m’a expliqué qu’il n’y avait plus rien à faire.

 

Mon collègue est resté près de vous et moi je suis monté avec les autres sapeurs vers la fenêtre ouverte deux étages au dessus. Les pompiers avaient bloqué l’ascenseur au rez-de-chaussée avec un paillasson. Je l’ai laissé tel quel et je suis monté par l’escalier, histoire de voir si je ne croisais pas le Colonel Moutarde descendant achever son œuvre avec un chandelier. Ce ne fut pas le cas, comme vous le savez.

 

J’ai trouvé vos clés sur la serrure de la porte de votre appartement. Mais à l’extérieur. Ce fut l’un des points les plus difficiles à éclaircir lors de l’enquête. Je les ai récupérées et je suis entré.

 

Il faut dire une chose, chère madame, c’est que vous deviez être une maîtresse de maison particulièrement efficace. Votre domicile était d’une propreté parfaitement exemplaire. Nous avons jeté un coup d’œil rapide dans toutes les pièces pour finir par la cuisine. Là, entre la table et l’évier, il y avait la fameuse fenêtre ouverte, sous laquelle vous aviez mis une chaise. Au pied de la chaise, alignés comme deux petits soldats, j’ai trouvé vos chaussons. Sur la table, votre montre et vos bijoux.

 

Je n’arrive pas à me souvenir s’il y avait une lettre. Je revois clairement cette table. Je revois clairement vos effets. Et je les vois tout aussi clairement seuls qu’accompagnés d’un bout de papier. La mémoire a des mécanismes extrêmement étranges parfois. S’il y en avait une, je ne l’ai pas lue.

 

N’ayant pas trouvé de Colonel Moutarde, les pompiers n’ayant pas trouvé d’autre victime à secourir, nous n’avons pas d’avantage fouillé pour ne pas effacer de trace ou d’indice par mégarde. Nous sommes ressortis, j’ai fermé la porte à clé et je suis redescendu avec mon collègue pour attendre « les experts » et l’O.P.J.

 

Je passais tous les jours devant chez vous pour aller travailler. Pendant des mois, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil sur l’absorbant de les services municipaux avaient mis pour « absorber » ce qui n’avait pas pu être retiré de vous.

 

Je ne sais pas ce qui vous a poussé à vous suicider. Je préfère ne pas le savoir.

 

Bien à vous, chère madame. Puissiez vous trouver la paix.

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gabian 19/08/2008 18:53

Evidemment, la question que tu attends sans doute : et alors, pourquoi les clés dehors ?

Jayos 20/08/2008 05:49


Et bien le mystère reste entier. L'enquête a démontré que c'était bien un suicide mais personne n'a compris pourquoi ses clés étaient dehors.
Un travail pour Mulder et Scully probablement.