Avis à famille.

Publié le par Jayos

Chère madame,

 

Je ne me souviens pas de votre nom et vous ne connaissez pas le mien. Nous ne nous sommes rencontrés qu’une fois. Vous devez vous en souvenir, j’en suis certain. C’était un matin très tôt. Il faisait encore nuit. Vous habitiez en face du commissariat, de l’autre côté de la rue. Nous avons reçu un appel de je ne sais plus quelle compagnie de C.R.S. qui nous demandait de nous rendre chez vous afin de vous apprendre que votre époux venait de décéder au cours d’une accident de la circulation. C’est le souvenir le plus pénible que je garde de ma carrière jusqu’à présent.

 

Mon chef a décidé de s’en charger lui-même, comme nous tournions ensemble ce jour là, je l’ai accompagné. Je n’étais alors qu’un stagiaire encore tout frais et très inexpérimenté. Il a sonné, vous avez répondu, nous somme montés et nous vous avons trouvé dans l’escalier. Si vous voulez bien me passer l’expression, je puis dire que vous étiez enceinte jusqu’aux yeux. Le chef m’avait proposé de ne pas l’accompagner, lorsque je vous ai vu, j’ai regretté de ne pas avoir accepté.

 

Vous nous avez demandé ce qui se passait. Le chef vous a répondu que cela concernait votre mari, que c’était grave mais qu’il ne voulait pas vous dire tout de suite de quoi il retournait. J’avoue que je n’ai pas compris sur le coup où il voulait en venir. Et même maintenant, je ne suis pas sûr d’adopter la même approche si je devais me retrouver à sa place.

 

Nous sommes montés chez vous. Il vous a demandé si vous aviez de la famille ou des amis proches dans la région. Nous étions en région parisienne, et comme moi, comme beaucoup d’autres, vous veniez de province et n’aviez personne sur qui compter dans les environs.

 

A force de chercher il a fini par trouver. Des relations de travail mais c’était mieux que rien. Il vous a dit qu’il partait téléphoner et qu’il allait revenir très vite. Il m’a dit de rester avec vous. Je l’ai maudit.

 

J’ai du mal à parler avec les gens. Surtout dans les situations pénibles. Vous saviez ce que nous allions vous annoncer même si vous vous raccrochiez à l’espoir que…

 

Je ne sais pas combien temps nous avons passé en tête à tête. Je sais que cela m’a paru une éternité. Je ne savais que vous dire. Vous n’aviez rien à me dire. Vous alliez et veniez dans l’appartement, tantôt effondrée, tantôt énervée. Je ne savais si je devais vous suivre pour être sûr que vous ne fassiez pas une bêtise ou au contraire vous laisser seule pour ne pas vous étouffer. Les bras ballants et particulièrement peu fier de moi, je vous ai vu vous enfermer dans la salle de bain. J’ai eu peur à ce moment là, peur pour vous, mais vous êtes ressortie presque aussitôt.

 

Mon chef a fini par revenir. Vous lui avez encore posé la question. Il vous a à nouveau demandé de patienter. Il avait appelé, des gens étaient en route.

 

Et là, je suis resté bouche bée. Vous et lui veniez du même endroit. Il a commencé à parler. Vous avez commencé à répondre. Vous vous êtes calmée petit à petit. Chose incroyable, vous avez même ri à ses blagues. Mon chef ce jour là, m’a particulièrement impressionné. Ca a duré longtemps. Lorsque vos amis sont arrivés, vous étiez assise sur votre lit et vous discutiez avec nous comme si de rien était.

 

Il a cependant bien fallut vous dire pourquoi nous étions là. Vous aviez déjà deviné. Vous avez pleuré. Beaucoup pleuré, ce qui est bien compréhensible. Nous vous avons donné les coordonnées téléphoniques de la compagnie de C.R.S. qui pourrait vous donner plus de détails et puis nous avons fini par partir. Vous ne restiez pas seule, c’est ce qui importait le plus à mon chef.

 

Je comprends maintenant sa façon de faire. Je comprends maintenant que c’est une façon comme une autre, sûrement pas meilleure car il n’en existe pas de bonne, sûrement pas pire car elles le sont toutes. Je n’ai jamais eu à faire un autre avis à famille depuis ce jour là que ce soit en équipier ou en chef de patrouille et j’aime autant que cela reste ainsi.

 

Même à ce jour, je ne sais que vous dire madame sinon que je suis désolé de ne savoir parler comme il le faudrait. De ne savoir parler comme au cinéma. Madame je n’ai pas pensé à le faire à ce moment là, mais je vous assure toute ma sympathie. Je suis navré madame, profondément navré.

 

Bien à vous, puissiez vous surmonter votre peine, puisse votre enfant se porter comme un charme.

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BBK.mel 19/09/2008 12:58

Savoir dire les mots qu'il faut au bon moment, malheureusement, ça s'apprend avec l'expérience. Je souhaite que tu n'aies jamais à en redire de semblable.

Jayos 20/09/2008 19:12


Je me le souhaite aussi.